bout de papier, Vol. 27, No. 2 (2013) — Spring 2013 // Printemps 2013, pp. 13–14
En moins de vingt ans, Montréal est passée d’une vieille économie manufacturière à une économie moderne compétitive et est devenue une ville internationale. Cette affirmation vous surprend? Et pourtant. Avec son caractère cosmopolite et multiculturel, son multilinguisme, les quelque 60 organisations internationales établies sur son territoire, notamment l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), son positionnement enviable comme 2° ville consulaire et 3° ville d’accueil de rencontres internationales en Amérique du Nord, Montréal est résolument ouverte sur le monde.
Aux Affaires étrangères, agent de pupitre dans le dossier de l’OACI, j’étais moi-même aux premières loges pour participer à ce changement de cap dans les années 1990. Se décidait alors, avec l’appui de nombreux acteurs, et après bien des tergiversations, la construction d’un immeuble pour «garder» à Montréal le siège de l’OACI dont les locaux du temps s’avéraient inadéquats. Un tournant dans la vocation internationale de la métropole.
Montréal se distingue également par ses partenariats privilégiés conclus avec, entre autres, Shanghai, Hiroshima, Lyon et Busan. Avec Lyon, il s’agit d’un protocole d’échanges et de coopération entre chercheurs et universitaires, ainsi que de l’établissement de passerelles reliant les grandes institutions d’enseignement entre elles.
Création de Montréal International
En 1995, le Comité pour la relance économique de Montréal, composé de représentants du milieu municipal et du monde des affaires, recommanda de miser sur le créneau international et de mettre en place un organisme dont la mission serait de « contribuer au développement économique de Montréal et d’accroître son rayonnement international ». C’est ainsi que Montréal International fut créé en Arrivée d’Airports Council International (ACI) a d’ACI, coupe le ruban d’inauguration.

1996 avec le mandat de promouvoir le rayonnement international du Grand Montréal.
Montréal International, un catalyseur de premier plan
Montréal International regroupe aujourd’hui plus de 130 membres des secteurs privé et institutionnel, incluant les établissements d’enseignement supérieur montréalais. Il peut compter sur l’appui financier des gouvernements du Canada et du Québec, de la Communauté métropolitaine de Montréal et de la Ville de Montréal. Montréal International vise à attirer dans le Grand Montréal les sociétés étrangères, les organisations internationales, les travailleurs étrangers qualifiés, ainsi qu’à promouvoir et renforcer l’attrait économique de la région.
Pour mener à bien ses activités, Montréal International collabore avec de nombreux partenaires à vocation économique, notamment les organismes de développement économique, les secrétariats de grappes industrielles (clusters), Investissement Québec, le Palais des Congrès de Montréal, et Tourisme Montréal.
Montréal, ville d’accueil internationales
Un bon indicateur du rayonnement international de Montréal est la présence, sur son territoire, de quelque 60 organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales. On estime à environ 280 millions de dollars les retombées économiques annuelles générées par ces organisations, qui y maintiennent près de 1 500 emplois directs. L’OACI, l’une des quinze institutions spécialisées des Nations unies, compte à elle seule près de 600 employés; l’International Air Transport Association (IATA) y emploie quant à elle plus de 300 personnes et l’Institut de statistique de l’Unesco, plus d’une centaine de personnes.
Pour Montréal International, l’année 2012 a été marquée par l’arrivée du siège de la Fédération internationale des Associations de pilotes de ligne (International Federation of Airline Pilots Associations — IFALPA) et l’essor du siège de /’International Council of Societies of Industrial Design (ICSID) auquel s’est ajouté un secrétariat voué au programme World Design Capital.
Parmi les autres réalisations récentes de Montréal International, il faut citer, pour l’année 2011, son apport stratégique en vue de la croissance du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (SCDB), une organisation onusienne qui compte une centaine d’employés. Il faut aussi souligner, pour l’année 2010, le succès de ses démarches pour la venue à Montréal du siège de la prestigieuse organisation Airports Council International (ACI).
Afin de favoriser l’établissement et le développement d’organisations internationales, Montréal International peut proposer une contribution financière par le biais du Fonds de développement international de Montréal (FODIM), grâce à des ententes avec la Ville de Montréal, le ministère des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur (MRIFCE) et Développement économique Canada (DEC).
Les filiales de sociétés étrangères : une richesse pour le Grand Montréal
En ce qui a trait à l’activité des sociétés étrangères, en 2011 Montréal International a contribué à attirer 668 millions de dollars d’investissements directs étrangers liés à 28 projets entraînant ainsi la création ou le maintien de 2 351 emplois. La moitié de ces projets provenaient d’Europe, 38 % des États-Unis et 12 % d’Asie. La part du lion revient au secteur des technologies de l’information et des communications, avec 37 % des investissements. Le secteur de l’énergie arrive en deuxième position, avec 30 %, suivi de l’aérospatiale et de l’agroalimentaire, avec respectivement 11 % et 9 % des projets.
Les 2 000 filiales de sociétés étrangères représentent une richesse inestimable pour le Grand Montréal, puisqu’elles contribuent à 9 % de l’emploi total et à 20 % du PIB de la région.
L’importance d’une main-d’œuvre qualifiée
Montréal International soutient également la croissance et la compétitivité des entreprises du Grand Montréal en organisant leur participation à des missions internationales de recrutement, notamment les Journées Québec qui se tiennent deux fois par année en Europe. L’accès à une main-d’œuvre qualifiée est en effet devenu un enjeu stratégique pour assurer la prospérité des entreprises de la région.
Depuis 2010, ces missions de recrutement ont permis à une quarantaine d’entreprises de la région montréalaise, principalement dans les services conseils en technologie de l’information, en aérospatiale, en jeux vidéo, en santé et en génie-conseil, de rencontrer plus de 5 600 candidats présélectionnés et, finalement, d’embaucher plus de 250 travailleurs spécialisés et expérimentés.
Montréal, capitale universitaire
La présence d’étudiants étrangers est un autre indicateur du rayonnement international de Montréal. Selon Statistique Canada, le Grand Montréal compte plus de 170 000 étudiants universitaires, incluant 20 000 étudiants d’autres pays. Montréal est la deuxième région qui compte le plus d’étudiants universitaires par habitant parmi les 20 plus grandes régions métropolitaines en Amérique du Nord. Un important bassin de main-d’œuvre qualifiée sur lequel les organisations internationales peuvent compter pour assurer leur développement.
Montréal : ville aux mille atouts
Montréal se démarque finalement par la diversité de ses activités culturelles, notamment ses nombreux festivals, dont le Festival international de jazz et divers festivals de cinéma, notamment le Festival des films d’art (FIFA), le plus important au monde, ainsi que les expositions présentées dans ses musées, dont le Musée des Beaux-arts de Montréal. En 201], Montréal signalait avoir connu une année record au plan touristique et tout porte à croire que 2012 fut aussi fructueuse. Enfin, facteur non négligeable, le coût de la vie à Montréal est moins élevé que dans la plupart des grandes villes nord-américaines. Le logement y est abordable et les locaux pour bureaux sont facilement disponibles. Sans parler des campus universitaires, des centres hospitaliers, des installations portuaires et aéroportuaires de premier plan. Un ensemble de facteurs qui expliquent la qualité de vie exceptionnelle que Montréal réserve à ses habitants.
L’avenir
La concurrence est de plus en plus vive entre les villes qui, à l’instar de Montréal, veulent se tailler une niche — sinon la conserver — à l’échelle internationale. Les atouts évidents de Montréal lui assurent une longueur d’avance. Son positionnement est nettement plus avantageux qu’en 1995. Maintenant devenu résident du Grand Montréal, je continue de m’intéresser à son cheminement sur l’_échiquier mondial. Je ne peux que me réjouir des efforts consentis par les trois ordres de gouvernement et le secteur privé au cours des vingt dernières années. Aussi, faut-il que les nombreux acteurs impliqués, notamment Montréal International, ne baissent pas la garde et continuent de tirer leur épingle du jeu.
Gilles Gingras a œuvré à New York, Abidjan, Paris, Washington et Oslo. A été chargé de cours en Organisations internationales à l’École de Politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. Il est vice-président de l’Association canadienne pour les Nations unies-Grand Montréal.
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