bout de papier, Vol. 15, No. 4 (1998-1999) — Winter 1998/99 // Hiver 1998/99, pp. 7–8
Six personnes ayant joint le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international comme agents du service extérieur en 1997, dont moi-même, se sont réunies récemment pour échanger sur notre perspective et tenter d’esquisser nos préoccupations. Dans les lignes qui suivent, nous partageons brièvement avec vous le fruit un peu âpre de notre conversation.
L’uniformisation des normes de classification des postes (NGC), les possibilités de promotions, l’obtention d’une affectation, le nouveau programme de formation des recrues, la rétribution du temps supplémentaire sont autant de sujets qui embrouillent notre boule de cristal lorsque nous tentons de voir où nous serons dans cinq ans. Il se dégage de nos préoccupations un sentiment d’impuissance face à des variables dont le contrôle nous échappe et dont les règles nous semblent dictées par un concept nébuleux exprimé par le vocable «exigences opérationnelles». À chaque jour, sont prises au sein de ce Ministère des décisions qui ont un impact prédominant sur notre qualité de vie, sur notre degré de satisfaction et, parfois même, sur notre relation avec les autres membres de notre famille. Sommes-nous considérés comme des êtres humains avec des besoins, des forces et des faiblesses, ou seulement comme des modules interchangeables au gré des besoins et de l’humeur des gestionnaires? Voici quelques exemples qui motivent notre questionnement:
Si la vie à l’étranger vous intéresse!
La grande majorité d’entre nous avons joint le service extérieur pour combler notre désir de servir notre pays à l’étranger. Si nous nous réjouissons de la vitesse avec laquelle la plupart des agents de la filière commerciale sont déployés (plusieurs de nos collègues de la cuvée 1997 sont déjà à l’étranger), nous déplorons que les agents de la filière politique voient disparaître des ouvertures, alors que des postes sont subitement fermés ou transformés. Cette année, ce sont une quarantaine de candidats qui ont vu la liste des destinations passer de 18 à 8 ouvertures. Nous constatons avec amertume que nous devrons demeurer trois, quatre, peut-être même cinq ans à Ottawa avant notre première affectation. Cette situation engendre une vive concurrence (néanmoins amicale) entre les agents dans un contexte nous donnant parfois l’impression que les règles d’attribution sont édictées à posteriori pour épouser le profil de la candidature retenue en fonction, bien sûr, des exigences opérationnelles.
Ne vous demandez pas ce que le MAECI peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour lui!
On pourrait croire que les crises sévissent en permanence dans ce Ministère, si l’on se fie aux nombres de personnes qui travaillent au-delà des heures normales. Pourtant, il n’y a qu’une seule crise permanente, celle du manque criant de ressources humaines. Pour ne pas rater nos échéances, ne pas compromettre la qualité de notre travail ou notre carrière, nous besognons souvent huit ou dix heures par jour. Imaginez lorsqu’il y a véritablement une crise!
Dès les premières séances d’information auxquelles nous avons assisté, nos représentants syndicaux nous ont rappelé de réclamer les heures de travail supplémentaires effectuées. Nous y avons droit, surtout au salaire que nous recevons. En principe, il y va du simple bon sens, mais dans les faits, les règles varient selon les exigences opérationnelles de chaque direction/ directeur, et selon la provision du poste budgétaire concerné. C’est vrai que nous sommes souvent coupables de vouloir plaire et nous attirer les bonnes grâces de notre entourage, mais il y a péché par omission lorsque la haute direction néglige de rappeler tout le monde à l’ordre. Dans certaines directions, on suggère même aux agents qui se portent volontaires pour des projets spéciaux d’y voir un privilège compensant largement les heures de travail effectuées. Si la haute direction exprimait clairement à quelle enseigne elle loge concernant le temps supplémentaire, nous cesserions d’être soumis aux coutumes locales. Heureusement pour les agents de la filière commerciale (les chanceux), il semble qu’un leadership vigoureux en la matière soit en passe d’éradiquer cette tare qui rogne nos revenus au grand bonheur du Conseil du : Trésor et à la grande reconnaissance des contribuables Canadiens.
¡ ES-02 : Oui je le veux?
En vertu de la nouvelle convention collective, nous devrions être promus au niveau FS-02 après 5 années de service, sous réserve de rencontrer certains critères. Or nul participant à cette discussion n’aurait su dire quels seront ces critères et quelle est la note de passage. La confiance que nous éprouvons envers ce Ministère n’est : d’aucun réconfort face à notre ignorance. ; À plus long terme, nous nous interrogeons sur nos chances de promotion à des postes de gestion par rapport à celles de nos collègues recrutés après 1997 et ayant suivi une formation en gestion reconnue à l’échelle de la fonction publique fédérale. Nous compatissons avec nos collègues FS-02 dont la carrière semble avoir atteint le cul du sac. Nous ne sommes pas assez naïfs pour ne pas croire que pareil sort nous guette aussi. De plus, l’uniformisation des normes de classification des postes (NGC), sans mentionner le recours aux employés à terme et à de la main-d’oeuvre contractuelle, s’ajoute aux facteurs qui nous laissent songeurs. Nous sommes enclins à croire qu’elle vise davantage à répondre aux exigences opérationnelles qu’à améliorer notre avenir au sein du Ministère, notamment en élargissant l’accès aux postes de FS à toute la fonction publique. Avons-nous franchi avec tant d’efforts et de fierté la porte principale du Ministère pour nous rendre compte que les portes secondaires sont grandes ouvertes?
Y a-t-il péril en la demeure?
Il n’y a bien sûr rien de nouveau dans cette ; liste non exhaustive des préoccupations qui édulcorent l’enthousiasme de nos premiers pas au Ministère, sinon qu’elle perdure. Cet automne, des quotidiens ont publié des articles décrivant l’empressement d’un certain nombre de nos collègues à divorcer avec la carrière diplomatique pour aller empocher des salaires alléchants dans le secteur privé. Si la plupart d’entre nous n’entrevoyons pas encore la rupture de notre relation avec le Ministère, c’est parce que nous aimons notre travail. Mais d’aucuns ne sauraient y voir une pérennité s’apparentant au lien du mariage.
Serait-ce que la nouvelle génération d’agents du service extérieur ne porte plus en elle le sens de la vocation qui motivait nos prédécesseurs à se consacrer entièrement à la diplomatie canadienne? La question s’appuie sur une prémisse qui reste à démontrer, et la réponse n’apportera aucune solution, puisque celle-ci ne se trouve pas tant dans un changement d’attitude des employés du Ministère, que dans la façon dont les ressources humaines sont gérées. Un peu moins d’exigences opérationnelles s’il-vous-plaît.
Voir les pages numérisées d’origine →
Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 15, No. 4 (1998-1999) — Winter 1998/99 // Hiver 1998/99, pp. 7–8. Lire le reste de ce numéro →




