bout de papier, Vol. 10, No. 2 (1993) — Spring 1993 // Printemps 1993, p. 44
War and Peacekeeping. From South
Africa to the Gulf — Canada’s Limited
Wars par J.L. Granatstein et David Bercuson,
Toronto, Key Porter Books, 1991, 266 pp.,
39,95 $.
Dans ce dernier volume d’une série de trois, Jack Granatstein se fait accompagner de David Bercuson, alors que Desmond Morton avait été son coauteur pour Marching to Armageddon et A Nation Forged in Fire, qui traitaient respectivement des première et deuxième guerres mondiales. Disons tout de go que l’entreprise de Granatstein et Bercuson est réussie, s’inscrivant dans la lignée d’une histoire populaire, bien illustrée et présentée sous forme d’un livre de luxe à déposer sur les tables de chics salons ou de salles d’attente.
Le ton accessible qui est adopté par les auteurs pour couvrir les « petites » guerres auxquelles le Canada a participé depuis 1867, n’enlève rien à ce livre dont le contenu satisfera le professionnel et, encore plus, l’amateur, débarrassé que ce dernier sera des sempiternelles notes infrapaginales. On trouvera dans ce travail de nombreux rapports et citations qui éclaireront d’un jour nouveau certains des engagements auxquels les auteurs font référence et qui vont de l’affaire de la Rivière Rouge, dans l’actuel Manitoba, à la guerre dans le golfe Persique. Plusieurs des excellentes photos ou des peintures présentées et commentées par Bercuson et Granatstein sont inédites ou ont été rarement vues ailleurs. Toutefois, des imprécisions se glissent autour de quelques photos (voir, par exemple, p. 215 et p. 237). Dans ce dernier cas, les officiers canadiens sont les mêmes sur les deux photos : détail croustillant, les deux capitaines canadiens en question, Ian Patten et Fletcher Thomson, allaient être faits prisonniers par le Viet Cong durant une courte période au cours de leur mission au Viêt-nam. Malheureusement, Patten sera tué lors d’une autre mission de maintien de la paix, cette fois à Chypre, environ un an après de sa mésaventure vietnamienne.
Le lecteur notera le ton ironique de bon aloi employé de temps à autre par les auteurs. Ainsi écrivent-ils pour conclure la bataille de Cut Knife Hill, le 2 mai 1885, qui oppose les Cris de Poundmaker aux forces du colonel Otter : « [Otter] missed the chance to go down in history as Canada’s Custer when Poundmaker forbade his men to follow ».
Cette écriture facile d’accès, combinée à la couverture, à la fois générale et particulière, donnée aux opérations marginales auxquelles le Canada a participé, donnent un excellent livre à consulter. La guerre des Boers et surtout celle de Corée représentent des moments forts. Les expériences de témoins sont décrites. Évidemment, des coins d’ombre restent : ainsi, en est-il, pour la Corée, du mystère entourant la retraite (limogeage?) du brigadier A.B. Connelly.
Concernant la participation militaire canadienne au maintien de la paix, la large mention qui en est faite colle d’assez près au bon tableau déjà brossé par Granatstein dans plusieurs de ses écrits. Des éléments intéressants de réponse sont fournis par les auteurs à la question suivante : pourquoi les Canadiens sont-ils si bons au maintien de la paix? Mais la véritable interrogation ne serait-elle pas : pourquoi les armées canadiennes se sont-elles engagées si profondément dans la voie du maintien de la paix?
Sur les événements entourant la guerre du golfe Persique et les confrontations avec les Mohawks les auteurs ont dû se rabattre sur les journaux, en particulier le Globe and Mail.
En terminant, et malgré des erreurs (Jean Victor Allard et non Jean-Victor) des défauts [l’inutile coup bas administré à la Sûreté du Québec ou, encore, un ton décousu par endroits], War and Peackeeping reste un excellent livre dans sa catégorie, tout en complétant magnifiquement la trilogie publiée chez Key Porter Books sur l’histoire militaire canadienne.
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