bout de papier, Vol. 9, No. 2 (1992) — Spring 1992 // Printemps 1992, p. 44
par J.F. Somcynsky
Canada : Je t’aime / I Love You par
Miyuki Tanobe et Roch Carrier, publié pour
Livres Toundra / Tundra Books, 1991, 72 pp.
$29.95.
Roch Carrier fait partie de ces écrivains qui maîtrisent tellement bien la langue qu’on ne s’en aperçoit pas. Les phrases coulent doucement, en portant leurs images et leurs histoires, sans la moindre aspérité, avec l’enchantement d’une musique familière. Carrier est un de nos meilleurs conteurs. C’est sans doute dans la pratique du conte qu’il a appris à mettre aussi efficacement son style au service des événements dont il traite, sans gaspillage et sans temps morts. Et il aime tellement la vie, cet auteur, qu’un beau dynamisme anime la moindre de ses descriptions.
Avec de telles qualités, il n’est pas étonnant que les récits de voyage de Roch Carrier soient toujours agréables à lire. Il nous a donnés, entre autres, de beaux reportages (on devrait dire : des documentaires) sur ses séjours en Australie et au Moyen-Orient. Avec Canada: Je t’aime / 1 Love You, il nous offre un voyage à travers le Canada. Plus exactement : St. John’s, Charlottetown, Halifax, Fredericton, Québec, Montréal, Ottawa, Toronto, Winnipeg, Saskatoon, Calgary, Banff, Yellowknife, Whitehorse, Vancouver et Victoria. Notons aussi qu’il a lui-même traduit ses textes dans cette édition bilingue.
Carrier consacre deux ou trois pages à chacun de ces villes. Il les fait vivre au moyen d’anecdotes très simples, souvent savoureuses. On croirait vraiment entendre un ami qui a visité des villes qu’on connaît déjà ou qu’on ne connaît pas encore, et qui nous raconte, simplement, devant un verre de vin, ce qui l’a frappé dans ces endroits et les gens intéressants, sympathiques, parfois surprenants, qu’il y a rencontrés.
Carrier est un voyageur d’expérience, curieux, intelligent, sensible et perspicace. Ses anecdotes sont tellement bien choisies qu’on a l’impression de découvrir le Canada avec lui. Il se dégage de son livre l’image d’un pays gigantesque, fascinant, extrêmement diversifié et frémissant d’humanité, un pays qu’on voudrait visiter, peuplé de gens qu’on aimerait bien croiser sur son chemin.
Les peintures de Miyuki Tanobe ont un style qui frappe immédiatement. Richement colorées, tracées comme des esquisses, avec des personnages aux traits simples, elles capturent le même foisonnement de vitalité que les textes de Carrier. Je les aime beaucoup, mais je me demande bien qui a eu l’idée de s’en servir pour illustrer ce livre-là. C’est un peu comme si on buvait du cognac dans un beau gobelet rustique en céramique; le cognac reste aussi bon, la tasse est superbe, mais le cognac semble tellement meilleur dans un ballon de cristal! Ou pensons à une très belle cravate tissée qu’on porterait sur une très belle chemise en soie, sans la moindre harmonie entre les couleurs. Alors que Carrier raconte ses visites comme un explorateur chevronné, affable, souriant, Takobe nous offre les splendides illustrations d’un album pour enfants.
J’ai encore plaisir à feuilleter ce livre. J’apprécie le texte et j’apprécie les peintures — séparément. Et je trouve très agréable de relire certains textes, comme on tourne les pages d’un album de photos ou qu’on écoute un vieil ami nous raconter encore une fois, et avec la même fraîcheur, des anecdotes de ses voyages.
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Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 9, No. 2 (1992) — Spring 1992 // Printemps 1992, p. 44. Lire le reste de ce numéro →