bout de papier, Vol. 5, No. 1 (1987) — Spring 1987 // Printemps 1987, pp. 31–32

La Chambre africaine de commerce et d’industrie du Canada

En Afrique il y a un vieil adage qui dit «Si tu vas à l’étranger et si là-bas, tout le monde marche tout croche, ne pose pas trop de questions, marche tout croche». Au colloque de Yamoussoukro (Côte d’Ivoire) du 28 au 31 janvier 1986, sur le thème «L’Afrique et le management» organisé par la Conférence permanente des compagnies consulaires africaines et françaises, les Français redécouvraient que l’Afrique n’est pas l’Europe et qu’elle s’en distingue infiniment plus que le Japon ou l’Amérique latine. Cela paraît franchement surprenant qu’après tant de temps passé en Afrique, les Français se rendent compte enfin «qu’il convient de considérer d’abord les problèmes qui intéressent l’Afrique et non de continuer à raisonner comme si les objectifs de l’Occident avaient une valeur universelle».

Lors des récentes calamités qui ont frappé l’Afrique, l’Occident a répondu spontanément, généreusement, avec les céréales mais pas toujours en offrant la houe. L’Afrique est reconnaissante mais elle sera fière de l’Occident si l’aide apportée est de type de «l’aide pour en finir avec l’aide», comme disait M. Idé Oumarou, Secrétaire général de l’OUA. «L’entreprise africaine est l’un des lieux essentiels où se gagnera la bataille du développement de l’Afrique» reconnaissait M. Christian Nucci, ex-ministre français de la Coopération.

L’entreprise privée africaine existe. Des études effectuées pour le compte de la SFI par des consultants privés sur le potentiel et les besoins du secteur privé en Afrique ont révélé qu’il existe en Afrique, plus que l’on ne le croit, de nombreuses entreprises susceptibles de bénéficier d’un financement international pour des projets d’investissement productifs de l’ordre de $0,5 à $5,0 millions (on estime qu’au Canada, cette catégorie d’entreprise a créé plus de 70 pour cent de nouveaux emplois au cours des dix dernières années). Ces études ont porté sur le Botswana, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Mali, le Nigéria, le Sénégal, le Togo, le Zaïre, la Zambie, le Zimbabwe et sur d’autres pays.

Malgré des conditions économiques passablement difficiles en Afrique, les échanges commerciaux canado-africains ont atteint l’année dernière un niveau record, de l’ordre de $2,8 milliards en 1985, soit une augmentation de 10 pour cent comparativement à l’année 1984.

Les exportations de biens canadiens ont atteint $1,5 milliard et les exportations de services environ $250 millions. Compte tenu des besoins du continent africain et des similiarités des secteurs primaires du Canada et de nombreux pays africains, il existe pour les Canadiens un important marché en Afrique (environ 500 millions d’habitants).

Le potentiel du marché africain et l’intérêt pour les Canadiens existent, ce qui a manqué c’était un pont entre l’entreprise privée canadienne et africaine, les occasions de se rencontrer et de se connaître. Bien sûr on trouve en Afrique des entreprises canadiennes qui y font de très bonnes affaires, mais la plupart d’entre elles y sont parvenues très souvent grâce aux projets de développement financés par l’ACDI. Pour éviter de se retrouver, dans cent ans, au point où se trouvent aujourd’hui les Français, il faut que désormais l’Africain connaisse la route qui mène au Canada et que le Canadien sache aller à Abidjan ou à Kinshasa sans nul besoin de passer ni par Paris ni par Bruxelles. Voilà le motif qui a conduit à la création de la Chambre africaine de commerce et d’industrie du Canada (CACIC).

La Chambre africaine de commerce et d’industrie du Canada est une association à but non lucratif et totalement autonome. Incorporée sous charte fédérale canadienne en novembre 1983, la CACIC a été créée pour promouvoir le commerce entre le Canada et les pays africains membres actifs ou éligibles de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et pour promouvoir le partenariat entre les entreprises canadiennes et africaines. Elle croit à la nécessité (a) pour le Canada, de développer des liens économiques plus étroits avec les pays africains comme partenaires commerciaux de l’avenir, (b) et pour les pays africains, le désir et la volonté d’accroître et de diversifier leurs relations internationales en ce qui concerne leur développement commercial et industriel. Elle croit profondément au rôle que peut jouer l’entreprise privée canadienne africaine pour y parvenir.

Buts et objectifs de la CACIC

La CACIC a été mis sur pied dans le but : (a) de mettre l’accent et d’attirer l’attention canadienne sur le potential commercial de l’Afrique, (b) d’attirer l’attention africaine sur le Canada qui est en voie de devenir un partenaire important de l’Afrique, (c) d’oeuvrer à la promotion du commerce entre le Canada et cette région, (d) de promouvoir ou de provoquer des contacts directs entre les entreprises canadiennes et africaines, d’en susciter l’intérêt et l’amitié entre leurs dirigeants, (e) d’élaborer des stratégies appropriées pour y parvenir et d’oeuvrer en vue d’amener les gouvernements à les partager, (f) de se tenir à la disposition des entreprises, bout de papier Vol. des chambres syndicales et des gouvernements pour consultation, coopération, ou pour les représenter. Peut devenir membre de la CACIC, à titre individuel ou corporatif, toute personne domiciliée ou toute entreprise ayant son siège social au Canada, en Afrique ou ailleurs dans le monde, parrainée par deux membres et qui souscrit à ses buts et objectifs.

La CACIC propose de nombreuses activités qui en font le réseau de contacts privilégiés et un cadre approprié pour les gens d’affaires qui s’intéressent au marché Canada-Afrique. Son programme d’activités est appelé à s’adapter aux nouvelles circonstances et aux besoins de ses membres.

Un autre vieil adage africain dit «Tu m’as donné la dot pour me marier, ton rôle d’aîné de famille le veut ainsi, et merci! Mais maintenant, les enfants c’est ma job.» L’ACDI et les gouvernements ont fait ce qu’ils devaient faire, l’énorme estime qu’ont les Africains à l’endroit des Canadiens est le fruit de leurs politiques humaines, bonnes actions et justes prises de position. Aujourd’hui, l’entreprise privée veut jouer un rôle plus grand, et, il faut le souligner, complémentaire.

Le bilan des activités en 1986 est assez éloquent et témoigne de la vigueur de la CACIC mais aussi de la valeur des services qu’elle peut rendre tant aux gouvernements qu’à l’entreprise privée. Cette toute jeune Chambre est maintenant considérée par plusieurs comme l’une des plus actives parmi les Chambres de commerce et d’industrie de type Nord/Sud au Canada. Son action cette année a été de consolider ses assises canadiennes; l’année prochaine, elle procédera à son action sur le continent africain.

En cette année de la francophonie, la CACIC organisera plusieurs manifestations à l’intention des milieux d’affaires tant au Canada qu’en Afrique. Elle préparera en collaboration avec Difcom, filiale du «groupe Jeune Afrique», un cahier spécial qu sera intitulé «Canada-Québec, hôtes du sommet des la francophonie».

La CACIC compte organiser un colloque lors de la faire canadienne sur la technologie qui aura lieu au Cameroun au printemps 1987, sous les auspices de l’ACDI.

Elle organisera un super symposium, à Montréal, au début de l’été 1987, avec la participation de la Banque africaine de développement et des différents paliers de gouvernements canadiens et africains. À cette occasion, la CACIC se propose d’inviter plus d’entrepreneurs africains dans le but de leur faire rencontrer des éventuels partenaires canadiens, dans leur milieu au Canada. La deuxième partie du symposium devrait se tenir à Abidjan (Côte d’Ivoire), à l’automne 1987.

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Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 5, No. 1 (1987) — Spring 1987 // Printemps 1987, pp. 31–32. Lire le reste de ce numéro →

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