bout de papier, Vol. 4, No. 3 (1986) — Fall 1986 // Automne 1986, pp. 27–28
critique de Léopold Battel
Management for Development: Planning
and Practice from African and Canadian
Expérience: par Tom Kent et lan
Mcallister, publié par University Press
of America, Inc., Coll. “Dalhousie
African Series”, 4, 1985; 123 pp.
Dans cet ouvrage, Kent et Mcallister ont produit ce qu’ils appellent un “nontextbook” concis, lequel puise à même leur expérience de professeur et de gestionnaire au Canada et en Afrique. On y précise: “The thème of management for development means that emphasis is placed on the leadership rôle of public servants…” Les auteurs tentent de formuler un ensemble de suggestions pratiques pour que les planificateurs, africains ou canadiens, analysent, fixent les priorités en fonction des ressources disponibles, tiennent compte de l’environnement culturel, adaptent les structures décisionnelles aux budgets, etc.
Management for Development. comprend cinq chapitres précédés de quelques commentaires d’introduction sur la formation à la gestion dans un pays en voie de développement. Le premier chapitre tente d’établir l’interface entre les divers processus de planification, le budget et le processus politique. Le deuxième chapitre traite de la transformation de politiques de développement en des programmes concrets.
Les chapitres trois et quatre concentrent sur les diverses phases d’un projet de développement jusqu’à son évaluation après sa terminaison. Le dernier chapitre examine les questions de l’aide extérieure et de l’investissement étranger. À travers le texte, les fonctionnaires-gestionnaires demeurent la pierre angulaire, de la formulation à la réalisation, des projets ou programmes de développement.
Si, en fait, l’ouvrage leur est particulièrement destiné, le ton et le style sommaire et plutôt pédagogique ne se prêtent cependant pas à tous les niveaux. Non qu’ils soient arides, au contraire; les affirmations parfois trop évidentes, les observations empiriques, le tout imprégné du plus élémentaire bon sens, relèvent plus d’un cours pour initier soit le néophyte à une certaine problématique de la planification au développement, soit certains fonctionnaires moyens nécessitant un complément de formation.
L’ouvrage qui pourtant mentionne les éléments culturels et pratiques auxquels doit faire face tout fonctionnaire africain, oublie, en voulant attribuer à ce dernier un rôle plus ou moins comparable à celui du gestionnaire canadien, que l’africain n’a pas la même structure, le même cadre pour opérer. En effet, la structure du pouvoir en Afrique est telle que les politiques et priorités procèdent de haut, parfois de façon autoritaire ou paternaliste, et l’avis du technocrate cède le pas devant l’impératif du pouvoir. Par ailleurs, en citant le système de planification, programmation, budgétisation et systèmes (PPBS) comme un outil recommandable, on néglige de préciser que certains pays africains sont dotés de systèmes relativement bien rodés, comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, par exemple. Établir des comparaisons entre les gestions africaine et canadienne perd ici son sens. Il est vrai que les auteurs se sont prémunis au préalable lorsqu’ils précisent à l’introduction: “The one thing They do have to offer is some distilling and rationalization of comparative expérience”.
Les lacunes qu’un plan de développement ou un système, tel le PPBS peut rencontrer en Afrique, ou dans tout autre pays en voie de développement, sont abordées de façon réaliste dans l’article de Pierre Jacquennot “Crise et Renouveau de la planification du développement”, “ Revue du Tiers-Monde, No. 98, juin 1984. Mis en relief avec cet article, le chapitre premier y gagne beaucoup. Sans moyens, ni priorités hiérarchisées, avec des financements aléatoires, une mobilisation minimale des acteurs, une capacité d’absorption limitée, la plupart des plans quinquennaux ou de développement africains ne sont parfois que des voeux pieux. Le PPBS risque d’élaborer des plans que les maigres capacités des bureaucraties africaines ne pourraient entamer efficacement.
En ces sens, il y aurait lieu d’identifier des domaines d’innovation pour la planification et la gestion en Afrique. Le chapitre cinq amorce avec intérêt l’analyse de l’investissement étranger et son effet d’entraînement sur l’économie. Mais tant au niveau des structures actuelles que de nouvelles à définir, il demeure que la formation et la conscientisation des fonctionnaires est centrale à chacune des phases indiquées.
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