bout de papier, Vol. 3, No. 3 (1985) — Fall 1985 // Automne 1985, pp. 32–34

Bathtub gin, pathos in Pretoria and a voyage to Cochabamba all make for a good read. Keep those tales rolling. We give book prizes for the best stories.

La vie d’agent dans la filière de l’aide au développement amène bien des aventures. Ainsi dans le cadre d’un projet d’aide alimentaire, je suis allé en mission à deux reprises en Bolivie. Chaque préparation pour un tel voyage est entouré d’un certain suspense. De nombreuses grèves générales, routes bloquées par des paysans et autres problèmes de logistiques transforment une mission en Bolivie en aventure pittoresque.

Notre mission débutait à Santa Cruz, le vol Toronto-Lima-La Paz-Santa Cruz prend à peu près 18 heures. Dans le cadre de cette mission en Bolivie plusieurs régions devaient être visitées, habituellement le trajet se fait facilement par avion. Cependant durant notre séjour, une grève générale à travers le pays a fait que nous devions voyager d’une ville à l’autre par camionnette sur des pistes de montagne à des altitudes de 3500 mètres en moyenne. Il fallait aussi voyager de nuit à travers les Andes de façon à passer avant que la route ne soit bloquée par les grévistes.

Nous avons réussi à noliser un avion pour le vol Santa Cruz, Sucre, mais après, c’était par convoi de 4 camionnettes. Nous avons quitté l’ancienne capitale bolivienne de Sucre à 2790 mètres en fin d’après-midi pour Potosi la capitale des mines d’argent à 4000 mètres. Le trajet prend 4 heures. La route, souvent des pistes, était de terre battue. Les formation rocheuses aux couleurs bleu foncé et rouge ocre, les torrents de montagne qu’il faut traverser avec précaution sur un lit de rivière vaseux et glissant, les fleurs aux couleurs multiples, les oiseau moustiques de couleur pastel et les troupeaux de lamas et d’alpacas donnent à la nature une beauté sauvage qui et saisissante.

Le tempêtes de pluie et de grêle ou les orages électriques sont à cette altitude d’une force et d’une furie que l’on voit rarement ailleurs. Les gens sont aussi fort sympathiques, la culture indienne riche de traditions millénaires offrent beaucoup aux voyageurs. Elle nous aide aussi à comprendre la vie de ses habitants et le développement social et politique du pays.

Un voyage par voie terrestre entre deux villes n’est pas chose facile. Nos camionnettes étaient chacune équipées d’un baril de 45 gallons d’essence et nous avons appris comment siphonner de l’essence du baril pour le réservoir. Il faut aussi apporter avec soi de la nourriture, de l’eau potable, du papier hygiénique, la trousse de premier soin, etc. … car si une situation difficile se présente sur une route de montagne il faut être prêts pour toutes éventualités.

La première heure du trajet se fait sans peine, cependant je me sens atteint par le mal de l’altitude. Soudain dans un tournant de route, un taureau noir bloque la voie. D’un côté il y a le mur escarpé de la montagne et de l’autre c’est le précipice. Notre chauffeur arrête, c’est la confrontation entre nous et le taureau. La bête pèse facilement 680 kilos, nous ne pouvons ni reculer ni avancer, la route n’est pas assez large pour passer à côté. Une ou deux minutes s’écoulent. tout-à-coup la bête baise la tête et charge corne en avant notre camionnette. Le chauffeur pèse sur l’accélérateur et fonce, au tout dernier moment, il donne un coup de roue à droite vers le flanc de montagne et évite le taureau de quelques centimètres, la pauvre bête disparaît dans l’abîme. Nous débarquons pour voir si le taureau a déferlé la pente pour nous apercevoir que la bête est surun escarpement quelques mètres sous nos pieds et le taureau est vivant et indemne Nous continuons notre route et non loin de là, nous indiquons à un fermier où il trouvera son taureau.

La premier relais où nous nous arrêtons est fait de quelques maisons en adobe. La route traverse ce hameau, il y a quelques indiennes qui vendent des verres de chicha, liqueur faite d’alcool de mais et il y a aussi du fromage de chèvre. Il y a des cochons et des petits enfants qui jouent dans la boue au beau milieu du chemin.

Le restaurant de la place se nomme “Tourista” ; nom sans doute pré-destiné, il est infesté de moustiques; de la cuisine viens un délicieux arôme de soupe de légumes et de poulet rôti. Moi-même je n’ai pas très faim à cause du mal de l’altitude. Je fais un effort et achète des pommes de terre boullies d’une des vendeuses de la place. La Bolivie a, à ce qu’on dit, une varitété de 182 types de pommes de terres.

Après cette courte halte, nous continuons notre ascension, de ci de là on aperçoit les travaux que les paysans ont entrepris dans le cadre de notre programme. Le travail consiste à reconstruire les bases d’une infrastructure agricole. Dans ce climat froid et aride, la vie est très difficile et les gens doivent travailler très fort pour arracher du sol une maigre subsistance.

Ils ont construit des systèmes d’irrigation et de drainage, des réservoirs d’eau, des digues pour arrêter l’érosion des sols. Toute la communauté y travaille. Ces travaux permettent l’augmentation des récoltes. Les gens ont accès pour la première fois à de l’eau potable, ce qui par le fait même améliore leur qualité de vie et la santé en générale.

Dans tous les villages que nous visitons, je constate comment la distribution alimentaire canadienne a fait des heureux. Les chefs de ces communautés veulent tous nous montrer les réalisations des travaux entrepris et tous expriment leurs reconnaissances pour le blé et l’huile végétale canadiens.

À plusieurs endroits, on est invité à manger avec eux. Les plats sont habituellement de pommes de terre, du riz blanc, des oignons bouillis, des fèves avec beaucoup de piments forts. Les plats de viande sont du pigeon, du porc ou des cochons d’Indes rôtis. Le tout arrosé d’alcool fort ou de bière. Après le repas il y a toujours la fête et l’on nous invite à danser. Chose difficile a 3500 mètres car le souffle nous manque, mais refuser l’hospitalité de nos hôtes risque de les froisser. C’est ainsi que l’on apprend à connaître les boliviens et leurs coutumes.

Notre convoi arrive finalement à Potosi où l’on peut y admirer les beautés architecturales de l’époque de la ruée sur le Cerro, la montagne où sont les mines d’argent. l’Unesco a présentement à Potosi un projet pour la réfection des églises anciennes qui font partie du patrimoine de l’humanité. Notre hôtel est un petit édifice d’un étage en ciment, très humide et froid sans eau chaude. Plusieurs personnes de notre groupe sont incommodées par l’altitude et le travail ne peut se faire que péniblement. Une journée de 4 heures de travail est le maximum que l’on puisse faire à 4000 mètres quand on n’a pas l’habitude.

Heureusement, on ne passera qu’une journée et demi à Potosi avant d’entreprendre la descente vers Cochabamba à 2500 mètres. Le voyage de nuit durera 12 heures à travers les sentiers de montagne.

C’est ainsi qu’après nos visites en campagne et nos réunions avec les officiels de la place, nous nous remettons en route, mais cette fois-ci de nuit. À une vitesse vertigineuse nous dévalons les pentes escarpées des montagnes. Je surveille d’un oeil la route et le précipice, de l’autre mon chauffeur. Sur le ton le plus calme possible je lui demande s’il connaît bien la route, oui me répond-il, cela me rassure un peu. Sentant peut-être ma nervosité il m’annonce, sur un ton rieur, que nous n’avons pas de frein et qu’il conduit en troisième. S’il y a urgence, il se jettera sur le flanc de la montagne. C’est la seule façon de s’arrêter, me dit-il.

La route est très mauvaise et à deux reprises nous rencontrons des camions lourds dans un tournant de route, le chauffeur les évite de justesse. De toute façon, les autres camionnettes du convoi passeront après, si jamais … Sur ce parcours, l’on traverse de nombreux villages et au beau milieu de la nuit l’on s’arrête dans un relais. Les rues ne sont pas éclairées et les gens sortent pour venir voir ces inconnus qui sont arrivés à grand bruit. Mon collègue du Programme alimentaire mondial me fait remarquer comment ce petit hameau a des airs de far-west, l’on se croirait presque dans un film. Dans un coin il y a une ombre et un objet très brillant éclairé par la pleine lune attire mon attention. Je m’approche pour m’apercevoir que l’objet brillant est un canon de mitraillette, un soldat somnole nous échangeons quelques plaisanteries. Il se plaint du froid de la nuit et surtout qu’il s’ennuie car il n’y a rien à garder.

Le relais n’a qu’une seule ampoule électrique qui éclaire la pièce et jette une lumière pâle sur les murs jaune et bleu. meubles sont faits à la main et très rudimentaires. Au menu, il y a de la soupe, du poulet, des pommes de terre et du Coca- Cola. Les bouteilles sont recouvertes de poussière et il y a même des fils d’araignées. Même dans les coins les plus reculés du globe, on retrouve toujours le Coca-Cola. Je me demande comment les camions font la livraison sur des pistes de montagne.

Le propriétaire nous dit que la route est bloquée un peu plus loin par un groupe de paysans en grève. Comme nous sommes canadiennes et que les gens de la région bénéficient de notre aide alimentaire, il croit que nous pourrons passer.

À la sortie du village, on rencontre un barrage. L’on s’arrête pour parler avec un des chefs du groupe, après lui avoir expliqué ce que nous faisons en Bolivie, je lui remets mon drapeau canadien que je porte en épingle. Très fier, il me donne l’accolade et dit à ses compagnons de nous laisser passer car nous sommes des amis du Canada.

Le reste du trajet se fait sur une route semi-pavée (un luxe) avec des ponts qui enjambent les rivières. Mon chauffeur m’explique que la région de la province près de Cochabamba a des industries et qu’une partie de la route fut construite par les américains.

Nous traversons la ville industrielle de Cochabamba, la température est plus tempérée, il fait chaud et l’altitude de 2500 mètres se tolère plus facilement. Nous arrivons finalement à notre hôtel, un vieux palace de style “art déco” à l’aube. Il est 5 heures du matin notre première rencontre est à 8h30 ce matin. Nous avons deux jours de visite et rencontre à faire dans notre tournée d’inspection. C’est l’étape facile avant les hauteurs de La Paz.

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Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 3, No. 3 (1985) — Fall 1985 // Automne 1985, pp. 32–34. Lire le reste de ce numéro →

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