bout de papier, Vol. 29, No. 3 (2016), pp. 20–21
La fonction publique du Canada est une organisation dynamique et dévouée qui travaille dans un monde de plus en plus internationalisé et relié par les technologies.
Nos méthodes de travail doivent évoluer au rythme des changements qui surviennent de manière continue afin de relever les défis actuels et futurs.
– Extrait du rapport « Destination 2020 », mai 2014
En 2014, quatre employés sur dix (40 %) indiquent travailler selon un ou plusieurs des régimes de travail flexibles suivants : semaine de travail comprimée (23 %); horaire variable
(15 %); télétravail (4 %); étalement du revenu (3 %) et partage d’emploi (moins de 1 %)
– Extrait du Sondage auprès des fonctionnaires fédéraux de 2014
Août 2013. Mon congé parental tire à sa fin. J’en ai passé la majeure partie en Tunisie, où j’ai suivi mon conjoint il y a un an, aidant nos trois enfants à s’adapter à la vie dans un nouveau pays. Un an plus tard, chacun a trouvé ses marques, y compris la petite dernière qui vient d’entrer en garderie, et je me sens prête à reprendre mes activités professionnelles.
Pour l’heure, je suis assise dans un bureau de la tour A du 125 Sussex. Devant moi, un gestionnaire réfléchit à ma proposition de télétravail. « Pourquoi pas l’Iraq? », propose-t-il. À l’été 2013, nos relations avec l’Iraq viennent de prendre un nouvel essor, avec l’annonce de l’ouverture d’une mission diplomatique à Bagdad. Bien que le pays soit la cible d’attaques terroristes de plus en plus fréquentes, rien ne laisse présager la montée en puissance du groupe terroriste État islamique en Iraq et en Syrie (EIIS). L’Iraq est un pays en sortie de crise, important sur le plan géostratégique et bénéficiant d’une économie en pleine croissance, bref un dossier diversifié et intéressant. L’affaire est donc conclue : Je rencontre les membres de ma nouvelle équipe, signe une entente de télétravail, et regagne Tunis pour y installer mon bureau.
S’ensuivront deux années stimulantes pendant lesquelles j’ai travaillé à la mise en place de notre mission diplomatique à Bagdad et à l’ouverture d’un bureau commercial à Erbil. En 2014, suite aux avancées de l’EIS dans le nord du pays, j’ai contribué au développement de la réponse du Canada à la crise iraquienne. En deux ans, j’ai participé à l’organisation de plusieurs visites ministérielles et d’une visite du Premier ministre en Iraq, et je suis me suis moi-même rendue sur place à deux reprises.
Voir l’Iraq depuis la Tunisie m’a aussi offert une perspective régionale inédite. Entre 2013 et 2015, la Tunisie et l’Iraq, deux pays de culture et d’ouverture, ont connu à la fois d’importantes avancées sur le plan démocratique et des moments difficiles sur le plan sécuritaire.
Pendant ces deux années, le télétravail m’a permis de relever de nouveaux défis tout en m’évitant un arrêt professionnel forcé. Depuis Tunis et grâce à des technologies qui n’existaient pas il y a quinze ans, j’ai pu nouer des relations professionnelles stimulantes et j’ai été appelée à repousser les limites du télétravail pour répondre aux exigences d’un dossier changeant et mobilisateur. J’ai reçu tout le soutien nécessaire de mes gestionnaires et collègues, qui se sont montrés à la fois réceptifs et compréhensifs. Bref, l’expérience s’est avérée positive.
Dans le cadre de l’initiative Objectif 2020 lancée par Wayne Wouters alors Greffier du Conseil privé, le gouvernement s’efforce de mettre en place « un milieu de travail moderne qui utilise intelligemment les nouvelles technologies […] afin de favoriser le télétravail, le réseautage et le travail d’équipe dans un environnement sans fil.
Le télétravail est un bon exemple d’innovation en matière de ressources humaines. Ayant moi-même été la gestionnaire de deux télétravailleurs avant d’en devenir une, je soumets ici quelques idées pratiques aux employés et gestionnaires qui souhaitent tirer le meilleur parti du télétravail.
Pour le télétravailleur
Choisissez votre poste judicieusement. Avant d’approcher un gestionnaire pour lui faire une proposition de télétravail, assurez-vous de bien comprendre les exigences du poste que vous convoitez et d’être en mesure de mener à bien la grande majorité des responsabilités depuis votre lieu de télétravail.
Soyez proactif. Peu importe la distance, on s’attendra à ce que vous maîtrisiez vos dossiers. Participez aux réunions par télé ou vidéo-conférence et soyez aussi engagé que si vous étiez sur place. N’oubliez pas de profiter de chaque retour à la centrale pour rencontrer vos contacts et élargir votre réseau.
Restez branché sur votre organisation. L’isolement est l’un des principaux risques pour le télétravailleur. Pour éviter de tomber dans ce piège, portez-vous volontaire pour mener à bien des initiatives de nature corporative qui vous permettront d’interagir avec l’ensemble de vos collègues et d’élargir votre réseau. Qu’il s’agisse de coordonner la campagne Centraide ou de faire partie d’un groupe consultatif sur un sujet qui vous intéresse, ces activités, en plus d’être utiles à votre organisation, vous permettent de rester branché sur votre milieu de travail et de compenser pour les “conversations de couloir” que vous aurez manquées.
Soyez collégial. À cause de l’éloignement, vos collègues devront parfois assister à des réunions ou répondre à des demandes à votre place. Pensez à leur renvoyer l’ascenseur lorsque l’occasion se présentera.
Tirez profit de votre emplacement. Y a-t-il des contacts, des centres de recherche, des conférences ou d’autres ressources locales susceptibles d’ajouter de la valeur à votre travail? Si oui, tirez-en profit et rédigez quelques rapports pour en faire profiter votre équipe. Votre emplacement peut aussi permettre à votre direction de réaliser des économies en frais de déplacement.
Pour le gestionnaire
Laissez de côté vos préjugés. Il existe quelques préjugés tenaces à l’égard du télétravail, notamment celui voulant qu’un dossier à haute visibilité ne peut faire l’objet d’une entente de télétravail. La décision à savoir si un poste est propice au télétravail devrait être prise au cas par cas et en fonction de nombreuses variables : la nature des dossiers (et non leur visibilité), l’expérience et la personnalité du télétravailleur, la taille de l’équipe et les termes de l’entente de télétravail (horaire, fréquence des retours à la centrale, fréquence de l’accès à l’information classifiée). Refuser une proposition de télétravail d’office, sans avoir pris le temps de considérer ces éléments, pourrait vous priver d’une ressource compétente et engagée.
Le télétravail comme atout. Le télétravail n’est pas un accommodement au seul bénéfice du télétravailleur. Ne vous privez pas des avantages que peut offrir le fait d’avoir un employé dans un autre emplacement ou fuseau horaire. Prenez le temps de réfléchir à l’utilisation de votre télétravailleur d’une façon qui bénéficiera votre organisation.
Décrochez le combiné. Le téléphone est le meilleur ami du gestionnaire de télé-travailleur. Consultez votre employé, incluez-le, informez-le. Bien informé, il n’en sera que plus efficace et engagé. Et cela ne prend pas plus de temps que d’aborder quelqu’un dans le couloir. La vidéo-conférence est aussi une façon utile de maintenir le lien.
Ouvrez à votre télétravailleur la porte de l’ambassade. L’accès aux ressources de nos missions est essentiel à un grand nombre de télétravailleurs. Le télétravailleur peut y occuper un bureau, s’y rendre périodiquement pour consulter des documents classifiés, pour utiliser les services de vidéo-conférence ou pour y élargir son réseau de contacts locaux. L’utilisation par le télétravailleur des ressources de nos missions se fait généralement sur la base du recouvrement des coûts. Le gestionnaire du télétravailleur peut contacter le chef de mission pour demander l’appui de la mission et régler les détails administratifs. Ce faisant, il confirme le fait que le télétravailleur n’est pas un “électron libre” et qu’il a l’appui de sa hiérarchie.
Faire preuve de flexibilité pour conserver ses talents est à l’avantage de toute organisation. La mobilité est en quelque sorte inscrite dans le code génétique de notre ministère. Mais de plus en plus, les employés du MAECD sont mobiles à l’extérieur du cadre des affectations. Ils vont étudier et se perfectionner à l’étranger, vont y rejoindre un conjoint, ou souhaitent être près d’un parent malade. Heureusement, l’évolution technologique fait en sorte qu’il est possible à plusieurs d’entre eux, malgré la distance, de contribuer de façon significative aux objectifs de leur organisation.
Mais le télétravail n’est qu’une option. Au sein d’une fonction publique moderne, plusieurs mesures peuvent être envisagées pour faciliter la conciliation entre la vie personnelle et professionnelle et ainsi retenir ses talents, tels que des horaires variables, des semaines de travail comprimées et des postes partagés. Ces options restent sous-utilisées dans notre ministère, comparativement au reste de la fonction publique fédérale. Selon le dernier Sondage auprès des fonctionnaires fédéraux (2014), 72% des employés du MAECD estiment que “sous réserve des nécessités du service, mon (ma) superviseur(e) immédiate (e) appuie l’utilisation de régimes de travail flexibles”, contre 78% dans le reste de la fonction publique.
La décision d’accorder à certains employés la permission de bénéficier de régimes de travail flexibles doit bien entendu demeurer à la discrétion de l’employeur. Ces régimes, y compris le télétravail, ne se prêtent pas à toutes les situations, mais le fait d’y avoir recours est un indicateur de l’importance qu’accorde une organisation à ses ressources humaines et de sa capacité à innover. Pour cette raison, l’utilisation de ses régimes doit être décidée sur une base éclairée et en fonction des besoins réels de l’organisation.
Au terme de mes deux années de télétravail, je peux affirmer que mon expérience a été bénéfique aux deux parties : le ministère comme employeur et moi comme employée. Qui plus est, il a accru mon sentiment de loyauté envers le ministère. De retour à la centrale cet été, j’accueille avec joie la perspective de côtoyer à nouveau mes collègues en personne et sur une base quotidienne. Ce qui me manquera le plus? Mon ancienne tenue de travail: jeans et t-shirt.
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