bout de papier, Vol. 29, No. 1 (2015), pp. 5–7

Visite de l’équipe des douanes du poste frontalier mais cause également beaucoup de tensions.

J’ai toujours apprécié la diversité des affectations au MAECD. La possibilité de changer de responsabilités, de dossiers et parfois de pays de résidence régulièrement me plait et me motive. Mais mon plus récent changement de poste est probablement le plus important et celui qui m’a le plus surpris depuis le début de ma carrière.

Suite à un parcours exclusivement du côté affaires étrangères, j’ai entrepris à l’été 2014 une affectation du côté commercial en tant que délégué commercial principal à notre ambassade à Port-au-Prince.

Comme la plupart de mes collègues, la décision de postuler et d’accepter une affectation est basée sur une multitude de facteurs tant professionnels que personnels. Dans ce cas-ci, je cherchais notamment une mission où mon conjoint et moi pouvions tous deux travailler (Jean-François est agent de gestion consulaire). Après des affectations conjointes à Paris, nous souhaitions vivre dans un pays où les défis sont plus nombreux (à ce titre, nous avons bien choisi!). Le poste commercial était disponible et on m’a expliqué que mon expérience politique serait particulièrement Le poste commercial était disponible et on m’a expliqué

que mon expérience politique serait particulièrement pertinente

étant donné la situation sur le terrain et la nature de notre relation commerciale.

pertinente étant donné la situation sur le terrain et la nature de notre relation commerciale. D’ailleurs, l’ambassade à Port-au-Prince a la particularité d’avoir une section politique et commerciale intégrée.

Pour être très franc, l’idée de travailler dans la section commerciale d’une ambassade plutôt que du côté politique ne m’avait jamais effleuré l’esprit avant que cette opportunité ne se présente à moi. Ce n’est pas que le commerce ne m’intéressait pas. C’est plutôt que je percevais les deux filières comme étant distinctes et fonctionnant en parallèle. Je prenais pour acquis qu’ayant commencé d’un côté et y ayant acquis toute mon expérience jusqu’à présent, j’allais y poursuivre le reste de ma carrière.

Alors, près d’un an plus tard, qu’est-ce que j’ai appris en faisant « le grand saut » de l’autre côté du ministère?

1. J’aime Trio! Bon, j’exagère peut-être un peu, mais j’apprécie beaucoup tous les efforts entrepris du côté commercial afin de pouvoir mesurer les résultats de ses agents. A chaque trimestre, j’ai ite d’un nouveau port en eau profonde en compag

maintenant une idée très précise de la performance de mon équipe, de l’atteinte de nos résultats, du taux de satisfaction de nos clients, de notre performance par rapport aux autres équipes commerciales. Nous avons des outils adaptés afin de faire et mesurer notre travail, dont Trio, que je redoutais comme la peste et qui s’avère finalement assez facile à utiliser. Grâce à ce suivi systématique de nos activités, c’est beaucoup plus facile de recenser ce que j’ai accompli pendant l’année et de déterminer quelle a été ma réelle contribution à l’atteinte de nos résultats. Je crois que l’utilisation de tels outils et des bilans précis de nos activités a un certain impact sur la culture organisationnelle du côté commercial qui me semble jusqu’a présent un peu plus axée sur les résultats que du côté politique où le travail est plus intangible.

Les visites de terrain : La définition de « rendez-vous en dehors du bureau » peut prendre une tournure très différente au commerce! Alors que j’étais habitué dans mes précédentes affectations à naviguer dans des bureaux gouvernementaux ou des enceintes d’organisations internationales, me voici maintenant en train de visiter une usine d’essence de vétiver (une plante utilisée pour les parfums), une école de formation technique, un parc industriel, un site de construction d’un nouveau port, et j’en passe. Et j’adore ça (malgré le mal du transport occasionnel)! Ces | 3. visites me donnent un bon aperçu des possibilités et des défis du marché local. J’ai été agréablement surpris, par exemple, de découvrir une pisciculture de tilapia complètement auto-suffisante grâce à l’énergie solaire et aux nouvelles technologies de filtration de l’eau, et ce,

au bout d’une route de terre cahoteuse

J’ai été agréablement surpris, par Exem|

de tilapia complètement auto-suffisa aux nouvelles technologies de filtratio route de terre cahoteuse au fin

au fin fond d’une région rurale. Ces visites me permettent aussi d’en apprendre beaucoup sur les plans et la vision d’avenir de nos interlocuteurs.

Elles mettent en relief les liens entre nos contacts, leurs employés et la communauté locale. Je comprends maintenant pourquoi on considère qu’un bon agent commercial passe une grande partie de son temps en dehors

de son bureau.

. Le service à la clientèle : En tant que

délégué commercial, j’ai de véritables clients. La notion de client existe aussi du côté politique, notamment toute la communauté intra et inter ministérielle, mais ça me semble somme toute assez différent. Maintenant, je dois répondre à des demandes précises de citoyens et

entités canadiennes qui reçoivent même

1ple, de découvrir une pisciculture ante grâce à l’énergie solaire et on de l’eau, et ce, au bout d’une 1 fond d’une région rurale.

un sondage pour évaluer s’ils sont satisfaits des services rendus. Ces derniers mois m’ont donc permis de développer encore davantage mes techniques et réflexes de service à la clientèle et d’approches propres à un groupe varié d’interlocuteurs, compétences qui me semblaient moins prépondérantes du côté politique. Par exemple, au commerce, je constate à quel point le « temps est de l’argent » et qu’une réponse rapide à une question peut faire la différence pour un client qui tente d’obtenir un contrat. Les attentes sont parfois irréalistes ou difficiles à satisfaire, mais c’est gratifiant de sentir qu’un client est heureux et que notre travail a pu concrètement aider quelqu’un au Canada.

L’esprit d’entreprenariat : Mes contacts actuels démontrent tous un esprit d’entreprenariat que je ne rencontrais pas aussi souvent par le passé. Ils m’impressionnent et je les admire, car je réalise à quel point il faut du courage, de la conviction et de la passion pour réussir en affaire, surtout à l’étranger. Par exemple, un de mes clients s’était mis dans la tête de fabriquer des camions citernes « made in Haïti » avec de l’expertise canadienne. Malgré tous les défis que ce projet comportait, et les nombreuses personnes qui lui disaient que ce serait impossible à faire en Haïti, il a persévéré. J’ai pu constater sa grande fierté quand son premier camion-citerne, tout propre et étincelant, est sorti de l’usine et a attiré tous les regards sur les routes de Port-au-Prince. Un autre me parle toujours avec fougue et passion de l’énorme chantier touristique qu’il supervise et qui doit transformer peu à peu une ile tranquille du Sud du pays pour en faire la destination écotouristique la plus prisée des Caraïbes. Mes contacts commerciaux se battent pour la santé financière de leurs entreprises, pour leurs employés, pour assurer leur gagne-pain. L’impératif de réussite qui les anime fait d’eux des êtres fascinants et charismatiques. J’ajouterais aussi que ce sont souvent des visionnaires. Ils perçoivent le potentiel dans quelque chose ou un endroit inattendu.

Les deux côtés de la médaille : S’il y a bien évidemment certaines différences entre les filières politique et commerciale, je constate de plus en plus à quel point ces deux côtés du Ministère se ressemblent et leurs enjeux s’entrecroisent. L’écart que j’anticipais très grand ne l’est finalement pas tant que ça. En matière de réseau, par exemple, je constate que mes interlocuteurs canadiens et haïtiens suivent l’évolution de la situation politique de très près, tant au Canada qu’en Haïti, et sont souvent des parties prenantes dans les discussions politiques. Ils constituent un excellent réseau d’information pour comprendre ce qui se passe dans le pays. Il y a ainsi des synergies qui se manifestent régulièrement entre mon réseau commercial et celui de mes collègues de la section politique et nous bénéficions mutuellement de l’information recueillie.

Un autre me parle toujours avec chantier touristique qu’il supervise

une Île tranquille du Sud du pay écotouristique la plus

Les tâches des délégués commerciaux ont aussi leurs équivalents du côté politique. Résoudre des problèmes pour une compagnie ressemble souvent beaucoup à essayer de régler un différend au niveau politique entre deux gouvernements, par exemple. Obtenir de l’information privilégiée sur un enjeu politique est semblable et nécessite certaines des mêmes compétences que d’obtenir de l’information privilégiée qui peut permettre à une compagnie canadienne de poursuivre une opportunité d’affaire intéressante. Bref, les deux fonctions ne

sont pas si différentes que ça!

. Et les autres : Je suis également

étonné de voir comment le commerce est aussi relié aux autres sections de l’Ambassade. Mes collègues du Développement et moi travaillons ensemble sur les questions de développement économique local pour identifier comment ces besoins peuvent s’arrimer aux capacités du secteur privé canadien. Nous avons entrepris des visites conjointes dans certaines régions du pays afin d’identifier les opportunités commerciales et de développement économique local. Mes collègues du consulaire offrent des services à mes clients canadiens et leurs coordonnateurs d’urgence (warden) sont souvent une excellente source d’information sur les potentialités du marché local. Et je dois aussi embêter mes collègues d’immigration de temps en temps pour les sempiternelles questions de visas. Bref, j’ai été agréablement surpris de constater à quel point le commerce ne peut opérer en vase-clos et que toutes les sections de l’ambassade en deviennent parties prenantes.

Ces quelques observations ne représentent bien entendu qu’un bilan provisoire car jen ai certainement encore beaucoup à apprendre dans mon nouveau rôle! Néanmoins, je suis agréablement surpris

du changement de carrière que j’ai pu

> fougue et passion de l’énorme > et qui doit transformer peu à peu ays pour en faire la destination ; prisée des Caraïbes.

entreprendre pendant ces quelques années et de la quantité de choses que j’ai intégrées en l’espace de quelques mois. Même s’il était inattendu, je considère mon « grand saut » de l’autre côté du Ministère comme réussi.

Je recommande donc sans hésiter à mes collègues FS et des autres groupes à envisager un poste dans une autre filière du Ministère. Je suis persuadé que de telles expériences font de nous des agents plus complets et de meilleurs représentants du Canada. J’encourage aussi notre haute gestion à faciliter de manière concrète ces affectations entre filières car l’agent en question et notre organisation en entier en ressortent enrichis et plus polyvalents, prêts à faire face à une multitude d’enjeux et de situations. Car, comme le dit le proverbe haïtien De mon pa janm rankontre, men de moun konn rankontre — il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent jamais!

Pierre-David Jean est délégué commercial principal à l’Ambassade du Canada en Haiti depuis août 2014. Il a également été en poste à l’Ambassade du Canada en France (2009 à 2012) et à la Mission permanente du Canada auprès des Nations Unies (2006). À Ottawa, Pierre-David a occupé diverses fonctions dont la plus récente à titre de Conseiller principal du Sous-ministre délégué des Affaires étrangères de 2012 à 2014.

Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 29, No. 1 (2015), pp. 5–7. Lire le reste de ce numéro →

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