bout de papier, Vol. 31, No. 1 (2020), pp. 14–16
Here are three excerpts from Not Mentioned in Dispatches / Confidences peu diplomatiques, the recently released collection of over 50 intriguing stories and anecdotes published by our colleague organization the Retired Heads of Mission Association (l’Association des chefs de mission a la retraite.) We encourage bout de papier readers who would like to read more accounts of diplomats serving Canada abroad to order the complete collection through the RHOMA/ACMAR website at rhoma-acmar.ca i~ _—
Honneur et fierté — Jean-Pierre Bolduc
Niger en 1974, Jean-Pierre Bolduc recevait a tout jamais la piqure de l’international. S’ensuivit une longue carrière à l’ACDI, ponctuée de plusieurs mandats spéciaux. De 2001 a 2010, il a été Chef de mission successivement au Ghana, en RD Congo et au Sénégal. Depuis le début, il a été accompagné, encouragé et appuyé par sa conjointe Ghislaine.
LE POSTE D’AMBASSADEUR PROCURE de multiples occasions de ressentir l’honneur et la fierté de représenter le Canada. C’est le cas dès le moment où on nous propose d’être considéré pour le poste, puis lorsque la décision vient, lorsqu’on rencontre ensuite le gouverneur général à ce titre, lorsqu’on présente les lettres de créance et le traditionnel : « J’ai l’honneur de vous présenter les lettres par lesquelles Son excellence la gouverneure générale du Canada m’accrédite auprès de vous en tant qu’ambassadeur (ou haut-commissaire) … » Puis les visites de dignitaires, les représentations au plus haut niveau, etc.
Il y a aussi de ces moments inattendus, petits et grands, qui essaiment le mandat. Dans mon cas, l’un de ceux-ci s’est produit au Ghana, pendant mon affectation comme haut-commissaire de 2001 à 2004.
À un certain moment, j’apprends que le Musée canadien des civilisations (MCC — devenu depuis le Musée canadien de l’histoire) veut remettre aux autorités traditionnelles deux artéfacts en bois sculptés. Ces objets avaient été ramenés au Canada au début du siècle dernier par un membre du personnel médical qui avait servi dans une expédition militaire britannique chargée en 1900 de mater une révolte du peuple Asante, menée par la reine mère Yaa Asantewa, dont le fils, roi des Asantes (Asantehene) avait été contraint à l’exil par les autorités britanniques.
Un des artéfacts était un tambour. L’autre était un siège cérémonial. Chez les Asantes, le pouvoir est symbolisé entre autres par le siège royal (« Golden Stool »); ce siège-banc de la fin du 19e siècle ramené du Ghana a un caractère sacré et donc une valeur symbolique à plusieurs titres. Le secrétaire particulier du Asantehene avait adressé au Musée en 2001 une requête de rapatriement des artéfacts.
Le Canada est l’un des pays ayant adhéré à la Convention de l’UNESCO relative aux mesures à prendre « pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriétés illicites des biens culturels ». Après analyse des éléments démontrant que les objets avaient été pris de façon irrégulière dans le palais de la reine des Adansi, le conseil d’administration du MCC décida en décembre 2003 de retourner ce « butin de guerre ». Mme Carmelle Bégin, conservatrice en chef de la division des études culturelles au MCC est donc venue rendre les articles. Nous en avons fait la présentation officielle au nom du gouvernement du Canada.
La remise s’est effectuée en grande pompe le 19 février 2004 à Kumasi, à quelque 250 kilomètres au nord d’Accra, au palais de Manhyia du Asantehene Otumfuo Osei Tutu II, 16e roi des Asantes, entouré de son imposante cour. En recevant les artéfacts, le monarque a remercié chaleureusement le Canada, et a dit souhaiter que le geste puisse servir d’exemple à d’autres pays qui ont de quelque façon été impliqués dans la spoliation des biens culturels, en particulier lors de guerres et autres conflits. Le petit siège de la fin du 19e siècle avait donc une valeur symbolique à plus d’un titre.
Coïncidence : alors que j’étais occupé à écrire ce texte en novembre 2018, les actualités internationales ont rapporté que le président français Emmanuel Macron avait demandé à ses services de s’occuper de cette question des biens culturels acquis de diverses façons et de la suite à lui donner. Il n’était certainement pas sans savoir qu’il ouvrait alors une boîte de Pandore, pour les pays colonisateurs en particulier.
Lors de la cérémonie de remise des artéfacts, le groupe incluait M”* Bégin du MCC, monsieur Kwame Sarpong, qui avait ses entrées au palais et avait facilité toute l’opération, mon épouse Ghislaine, et aussi ma mère que j’avais amenée du Canada pour célébrer son 81e anniversaire de naissance. Ma mère était impressionnée, c’est le moins qu’on puisse dire, et les Ghanéens, y compris Sa Majesté Otumfuo Osei Tutu, étaient ravis et émus de sa présence : la vénération des Africains pour les personnes âgées ne s’est pas démentie.
J’avais déjà rencontré le Asantehene avec Ghislaine et des responsables du haut-commissariat. La visite à ce dirigeant traditionnel puissant du nord du Ghana est un passage obligé pour les élus nationaux, y compris le président du pays, et pour nombre d’ambassadeurs. Le Canada a une longue histoire d’amitié et de coopération avec le Ghana, en particulier le nord du pays, et j’étais allé le rencontrer dès mon premier voyage dans la région. Après l’échange officiel qui s’était fait via un interprète tel que l’exigeait le protocole, nous avions eu une conversation informelle en anglais; Otumfuo Osei Tutu avait été conseiller principal dans le domaine des finances à Toronto de 1981 à 1985. Il est par la suite rentré au Ghana et a pris la couronne en 1999 après le décès de son prédécesseur. Homme très agréable que je suis retourné saluer à Kumasi à la fin de mon affectation.
La position du Musée quant au butin de guerre, la remise par le Canada des artéfacts, la rencontre avec le roi, sa réaction, la présence de ma mère et l’amour qui lui a été prodigué, tout a constitué pour moi source d’honneur et de fierté.
À propos de rien — Robin Higham
CE FUT UNE JOURNÉE DIFFICILE à la Conférence de la FAO et du PAM sur la sécurité alimentaire mondiale des Nations Unies. Les délégués des pays en voie de développement et des pays industrialisés s’étaient confrontés pour rédiger le rapport final. L’enjeu du rapport en question se centrait sur l’utilisation du langage du G77 (pays en voie de développement) concernant LE « Nouvel ordre économique » (soigneusement défini à l’avance et établissant un précédant), ou UN « Nouvel ordre économique » (intentionnellement non-défini) préféré par le Groupe de Genève (pays industrialisés). En conséquence, une certaine tension régnait parmi les nombreux invités des deux camps lorsqu’ils arrivèrent chez nous pour un dîner décontracté ce soir-là. Déjà bien à l’aise pour accueillir un groupe de collègues représentants permanents, de délègues des capitales et de fonctionnaires de la FAO et du PAM, nous savions faire preuve de souplesse pour prévoir combien d’entre eux seraient finalement présents. Certains viendraient sans conjoint, d’autres peut-être avec deux, certains ne se pointeraient pas du tout… Lorsque la cuisine annonce que « Madame est servie », les invités, détendus par l’apéritif mais encore un peu méfiants par rapport à la façon dont la conversation pourrait se dérouler, ont pris place aux cinq tables rondes. Notre serveur aux yeux d’aigle, immédiatement comprenant qu’il allait y avoir une place en trop, a discrètement enlevé et réajusté les couverts pour convenir à l’autre « Nouvel ordre » de la soirée. Les convives étaient installés quand du fond du couloir un bruit d’écoulement d’eau suivi par la réapparition de l’invitée disparue, et… qui ne trouvait pas de place à l’auberge! La tension de la journée fut vite dissipée par un éclat de rire collectif lorsque son mari s’est précipité pour dire : « Qui tire la chasse, perd sa place.
Apropos of nothing — John Graham
THE CHARGE IN CIUDAD TRUJILLO (now Santo Domingo) had been medically evacuated, and I, aged 26, had become Charge of a miniscule embassy imminently hosting the National Day reception for which my erstwhile boss had purchased five cases of an Ontario wine known in those days by a variety of popular names including “Moose Champagne”. July 1st was a debacle. Bacteria laden meatballs knocked out half the cabinet, senior generals and most of the diplomatic corps. I discussed the scale of the carnage with Assistant Trade Commissioner, Clark Leith, one of the victims and the only other officer in the mission. “Well”, he responded “look at the bright side.” “What bright side?” I demanded. “This is a bloody disaster!” “At least”, said Clark “no one will remember the champagne.”

Originally published in / Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 31, No. 1 (2020), pp. 14–16. Read the rest of this issue / Lire le reste de ce numéro →