bout de papier, Vol. 10, No. 2 (1993) — Spring 1993 // Printemps 1993, pp. 39–40

Remaking the Balkans par Christopher
Cviic, Chatham House Papers, London,
Pinter Publishers, 1991, 113 pp., ISBN
086187-085-9.

Longtemps correspondent du magazine The Economist, Christopher Cviic est aujourd’hui le rédacteur du renommé The World Today. Etabli au Royaume-Uni depuis 1954, et Croate d’origine, il offre au lecteur, dans l’ouvrage en rubrique, un tour d’horizon de quatre pays des Balkans qui ont tous la caractéristique commune de se dépourvoir de toute gouvernance communiste : ce sont l’Albanie, la Bulgarie, la Roumanie et la Yougoslavie.

En six chapitres, il présente son analyse des changements récents survenus dans ces Etats. De plus, il s’avance quelque peu à prédire l’impact de ces changements sur l’avenir respectif de chacun des Etats mentionnés. Plusieurs considéreront son traitement individuel de chacun des États comme étant inégal. Cela découle tant de l’origine croate de l’auteur que de la sévérité avec laquelle le conflit évolue en Yougoslavie.

Après un court chapitre introductif, il aborde au chapitre deuxième la question du nationalisme sous le système communiste. D’abord reconnu comme inexistante, l’idée nationaliste en vint peu à peu à être utiliser pour élargir la base de support de plusieurs dirigeants communistes. Le nationalisme, au détriment des classes sociales, devenait ainsi un instrument de légitimation du régime. Considérant les menaces sévères à l’identité nationale que les différents peuples des Balkans ont connues sous divers empires, il ne faudrait pas s’étonner qu’à la fin desdits empires, et pour un lointain futur, leurs sentiments d’insécurité s’avivent rapidement. Cela s’est effectivement produit lors de l’entière histoire de l’État yougoslave, en dépit même des efforts de Tito.

Au troisième chapitre, il passe en revue les développements survenus dans chacun des quatre pays lors de la guerre froide. Dans l’ensemble, le communisme a failli grandement à la tâche. Tentant d’utiliser la question nationale à ses propres fins, il n’a pas su protéger la diversité culturelle et linguistique des territoires sous sa juridiction. Cet échec, allié aux déboires économiques répétés, dont l’auteur fait l’analyse au chapitre suivant, ne pouvait paver la voie qu’à une situation explosive.

Les prévisions économiques, que Cviic considère comme étant plutôt sombres, vont influencer grandement, en l’occurrence négativement, les réformes politiques. D’un autre côté, la stabilité politique seule est susceptible d’attirer un plus grand nombre d’investissements et de garantir le succès économique à long terme. Comme l’auteur le remarque, les États des Balkans sont dans un cercle vicieux.

Le cinquième chapitre est entièrement dévoué à la crise yougoslave et à ses racines immédiates. L’auteur évoque notamment l’ascension du nationalisme serbe sous le leadership de Slobodan Milosevic, dont le point d’encrage fut la situation des Serbes au Kosovo, et les réactions que cela a suscitées tant en Slovénie qu’en Croatie. La désunion des peuples yougoslaves qui s’ensuit est irréversible à ses yeux, à moins qu’il n’y ait une raison de force majeure supplantant toutes autres considérations.

Le dernier chapitre permet à l’auteur de récapituler son argumentation et d’exprimer ses visions sur le futur de chacun des États à l’étude. Dans l’ensemble, il admet l’impossibilité de réformes politiques et économiques durables en l’absence d’aide substantielle provenant des pays occidentaux; les racines communistes y étant plus profondes qu’en Europe de l’est. Quoique les intérêts occidentaux dans la région demeurent minimes, Cviic voit des raisons négatives forçant ceux-ci à s’impliquer.

Premièrement, plusieurs États font face à un accroissement de réfugiés sur leur territoires (Autriche, Hongrie, Italie, Grèce, Turquie et Allemagne). Deuxièmement, plusieurs voies de communication tant terrestres qu’aériennes sont entravées, affectant ainsi certains échanges commerciaux et l’industrie touristique. Troisièmement, il y a un impact économique certain pour les États d’Europe de l’est, qui sont supportés par les occidentaux. Cette implication a d’ailleurs déjà porté ses fruits au niveau bilatéral.

Dans une perspective à long terme, Cviic considère l’union du Kosovo avec l’Albanie comme étant inévitable, mais non sans un ardent combat de la part de la Serbie. Dans cette même perspective, il prévoit la formation de deux groupes d’États dans les Balkans, le premier comprenant des États majoritairement catholiques (Autriche, Bosnie, les deux ex-États tchécoslovaques, Croatie, Hongrie, Slovénie) et le second des États majoritairement orthodoxes (Bulgarie, Grèce, Monténégro, Roumanie, Serbie et peut-être l’Albanie), avec la Macédoine quelque part entre les deux. À court terme, il avertit ses lecteurs que le Kosovo est le prochain point chaud des Balkans.

Dans l’ensemble, le bouquin de Cviic est facile à lire, n’étant pas encombré des laborieures notes de l’académique modèle. L’analyse de Cviic, sans préjugés, va au point essentiel et ne s’encombre pas de détails sans valeurs, utilisant l’histoire de façon à faire comprendre aux lecteurs les sources des conflits et situations actuelles dans la région. Les tendances à surveiller sont bien identifiées de même que les problèmes affligeant chacun des Etats à l’étude.

Malgré ses qualités, l’ouvrage demeure néanmoins court et, comme nous l’avons mentionné, traite de façon inégale de chacun des pays à l’étude. Il ne serait en quelque sorte qu’une porte d’entrée très valable sur une région marquée par la complexité historique et politique. C’est à cet égard que nous en recommendons fortement la lecture.

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Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 10, No. 2 (1993) — Spring 1993 // Printemps 1993, pp. 39–40. Lire le reste de ce numéro →

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