bout de papier, Vol. 11, No. 2 (1994) — Summer 1994 // Été 1994, pp. 4–5
Le 6 juin 1944 les Alliés de la seconde guerre mondiale marqueront la cinquantième anniversaire du débarquement en Normandie. En hommage aux anciens collègues qui ont participé à cette grande bataille, nous republions un poème écrit par Michel Gauvin, OC, CVO, DSO, lieutenant du Régiment de la Chaudière à Southampton pendant l’embarquement de la flotille le 5 juin. Démobilisé mars 1947 comme major, Michel Gauvin est entré aux Affaires extérieures où il a suivi une carrière distinguée, incluant les postes d’Ambassadeur en Éthiopie, Malgache, Somalie, Portugal, Grèce, Maroc et la Chine populaire.
“D-1”
À mon ami Jean Saint-Jacques,
lieutenant au Régiment de la Chaudière,
mort au champ d’honneur le 16 août 1944.
Midi vingt-quatre
Mille drapeaux aux mille couleurs
Féérie… Fête champêtre
Képi kaki, balaclava, béret marin blanc, bleu, calotte,
béret basque
Tuniques aux galons dorés, Battle dress, denims
Officiers, soldats, marins, débardeurs
Un jazz
Un engin qui s’essouffle
Un talon de fer sur la passerelle de ter
Un cri
La charge de munition qui sonne sourd en tombant
dans la cale
Un sifflet… une locomotive qui rentre
Un sifflet… une locomotive qui part
Un penny qui roule à l’eau
La vague qui s’écrase sous la coque
Le grincement de fer d’une grue mécanique
Les ballons au-dessus de nos têtes qui dansent au bout
du câble
Un navire qui prend la mer
Une cheminée qui crache une fumée rose
Une T.S.F. qui chante à pleins poumons un jazz nouveau
Les hommes de l’assaut vivent inconscients
Celui-ci dort à la chaleur du soleil, le torse déjà brun
anonyme, pour seule individualité … une plaque d’identité
au cou
celui-là, oui celui-là avec la tuque grise, plus nonchalant
que les autres, une cigarette sur le coin de la gueule,
qui relève continuellement une mèche trop longue
de cheveux
Ceux-ci, sales, pas rasés, la chemise ouverte,
les manches relevées, en train de couper le pain blanc
bout de papier Vol. 11, No. 2
avec leurs mains noires
ceux-là, à genoux près d’un tas de pennies,
jouant leur solde
Cet officier, la calotte en abat-jour, la pipe au bec,
un livre à la main;
celui-ci un roman grivois
celui-là, la Bible
Et cet autre, plié en deux, le cul dans un trou de cordage
les pattes plus hautes que la tête, en train d’écrire.
On descend dans les barges
On monte qur les quais
Les véhicules dorment sous les filets de camouflage
Fantassins, canons, chars d’assaut, marins, commandos,
Anglais, Canadiens, Français, un Chinois, deux Nègres,
tous pareils.
L’eau.
les bateaux, petits et grands
les ballons contre avions
les hommes pêle-mêle
les mille drapeaux aux mille couleurs
tout n’est plus qu’une masse…
On crie pour se libérer… on ne s’entend même plus
Tout est contus
Mêlée
Tout ce qui demeure n’est plus qu’un continuel
et sourd murmure fait de mille bruits qui se perdent…
Seule identité… le numéro du Craft…
Landing Craft Tank 716.
Minuit vingt-quatre
Couché sur mon safari, je grille une cigarette
Tout semble dormir
Plus que le roulement d’un wagon sur les rails
le voisin qui ronfle
le clapotement de l’eau
La flottille est assemblée dans le port
Collées épaule à épaule comme des soldats avant l’assaut,
les barges pointent toutes vers la mer
Les courts mâts blancs se tiennent en ligne
tels les croix blanches d’un cimetière, la nuit
Les ballons argentés font la garde au-dessus de nos têtes
Leur nez brille, et cette pâle clarté leur donne un visage
Bercés par le vent au bout de leur câble, ils regardent
à gauche, à droite, pointent vers le sol, puis s’élancent
vers les étoiles dans une tentative de rompre l’attache
Leur élan se brise à la longueur du câble
Celui-ci, au-dessus de ma tête, plus énergique que les autres
Ses piqués ne cessent pas, son courage ne faiblit pas…
ses efforts font mal au coeur
Je voudrais le laisser partir libre comme l’oiseau
Mais non!
C’est là sa part dans la machine de guerre
Comme tous ces soldats anonymes, sans individualité,
perdus dans la machine eux aussi, se confondant
dans le tout
— O Romains, c’est bien une guerre unanimiste que celle-ci
Tout ou rien
Sans autre âme que l’âme commune
Victimes du moment
Emportés dans la tempête
Soumis à la force aveugle
Inconscientes parcelles d’un tout
Déterminés à n’être rien de plus que la partie infime
d’un tout
Abnégation.
Attitude sublime
Amour au-dessus de l’Amour
Détachement complet…
Tout peut vivre
Tout peut mourir
Une concentration d’artillerie
Un bombardement aérien
Même un tout petit morceau d’acier au bon endroit,
et s’en est fini des efforts, de la volonté
Rien ne dépend plus de soi
Tout est accident
On ne parle plus que de groupes de masses
La plus basse unité n’est qu’une réunion confuse
de mille âmes
Rien n’existe par lui-même
Ce bateau ne compte pas mais cent…
Un canon ne peut rien mais mille…
Un homme n’existe pas mais cent mille…
L’héroïsme n’est plus possible
Où sont les Chevaliers d’autrefois, ces héros uniques,
qu’on leur offre la même part pour voir quelle grimace
ils vont faire
en échange de l’immortalité de leur nom,
celui du grain de sable sur la plage infinie
Mais non!
L’héroïsme n’est pas dans les gestes mais dans l’attitude…
C’est la foi qui fait le héros comme l’intention le péché
Ils ne sont pas tous beaux ces soldats;
beaucoup ont le visage façonné au moule de la laideur
vice, passion, bêtise…
dans un geste gratuit
dans un instant de complète abnégation
à travers des contradictions, des inconséquences,
de l’impertection, de la cause…
l’homme en saisit intuitivement l’essence
amère
sévèrement belle
Il accepte de ne pas comprendre la loi humaine autrement
qu’en s’offrant en victime
Il dit oui devant la fatalité
Il se laisse sombrer sans plus résister dans le courant
de la vie
pour qui la mort n’est qu’un acte nourricier
Tout sera pardonné en un moment
peut-être demain
notre visage deviendra beau, passionnément beau
lorsque notre corps, dernière preuve d’égoïsme, se perdra
dans la nuit éternelle.
Michel Gauvin
Berth 46
Southampton, 5 juin 1944

« Le Canada se souvient » est le programme national et international dont l’objectif est de marquer le 50º anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, et de faire en sorte que la participation du Canada à la guerre soit honorée comme il se doit. Le programme a pour objectif d’encourager les Canadiens à se souvenir de ceux qui se sont ralliés à la cause du rétablissement de la paix dans le monde pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le logo
L’entrelacement des trois éléments, deux coquelicots et une feuille d’érable, symbolise 1 unité et la force du Canada jaillissant de la loyauté, du dévouement et du sacrifice de ses citoyens. La feuille d’érable représente le pays, le Canada; le coquelicot au premier plan se veut le symbole des Canadiens qui ont participé aux combats outre-mer et qui, dans nombre de cas, ne revinrent pas; l’autre coquelicot, derrière le premier et la feuille d’érable, représente le rôle essentiel de soutien des épouses, des époux, des enfants et de tous ceux qui sont restés au Canada. Ces trois éléments forgent un lien, une unité et une force qui propulsera le Canada à l’avant dans l’avenir.
Renseignements
Pour plus de renseignements généraux, veuillez appeler au : 1-800-268-1333.
Canada Remembers is Canada’s national and international program aimed at commemorating the 50th anniversary of the end of the Second World War, and ensuring that Canada’s participation in the war is appropriately honoured. The Canada Remembers programme will encourage Canadians to remember those who rallied to the cause of restoring world peace during the Second World War.
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The intertwining of the three elements, two poppies and a maple leaf, symbolizes the unity and strength given to Canada by its people’s loyalty, dedication and sacrifice. The maple leaf represents the country Canada; the foreground poppy is representative of those Canadians who joined the battle overseas and, in many cases, did not survive; the second poppy, behind the first poppy and the leaf, portrays the vital and supporting role played by wives, husbands, children and all those who stayed in Canada. The three together form a bond a unity and a strength that will carry Canada forward into the future.
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