bout de papier, Vol. 27, No. 1 (2012) — Winter 2012 // Hiver 2012, pp. 23–24
En l’absence d’un rappel physique, notre mémoire collective du passé s’estompe souvent. Au Quai 21, le Canada a la chance d’avoir préservé un exemple concret d’un point d’entrée d’immigrants datant de l’époque = du navire de ligne. Toutefois, l’existence même du Quai 21, amène la majorité des Canadiens à croire que le principal port de mer du Canada était situé à Halifax. En fait, à l’exception des cinq ou six années qui ont immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale, au moins deux fois plus d’immigrants ont accosté au port de Québec qu’à Halifax, presque chaque année, depuis la Confédération! En effet, de 1869 à 1889, 538 137 immigrants ont accosté à Québec, contre 91 910 seulement à Halifax. Même lors des dernières années d’exploitation des ports de mer en tant que points d’entrée d’immigrants, il y avait plus d’accostages à Québec qu’à Halifax. De 1966 à 1971, 81 793 immigrants ont touché terre à Québec, contre seulement 36 386 à Halifax.
Bien que le poste de quarantaine de la Grosse Île soit préservé par 5 Parcs Canada, il ne reste malheureusement plus rien des grandes installations d’immigration au bassin Louise, à Québec qui est maintenant une marina pour les embarcations de plaisance. Par contre, en 1887, les installations venaient tout juste d’être agrandies pour faire face au mouvement d’immigration en pleine croissance. Le ministre de — l’Agriculture en était si fier qu’il les a décrites dans les moindres détails Le dans l’extrait ci-dessous du rapport annuel de son ministère de 1889.


Les arrangements liés à l’accostage des immigrants à Québec et à leur transfert sont maintenant complets à un tel point que la description suivante peut s’avérer intéressante :
Par souci de commodité pour les navires à vapeur transportant des immigrants qui doivent accoster à Québec, il y a de magnifiques quais de toute marée des deux côtés du fleuve. Les immigrants qui ont l’intention de prendre le Canadian Pacific Railway sont débarqués au quai Louise (brise-lames), qui mesure environ 800 pieds de longueur et qui, à marée basse, a 36 pieds d’eau. Sur ce quai se trouve un hangar à bagages mesurant 400 pieds de longueur où les bagages peuvent être manipulés et chargés, mais par souci de commodité pour les immigrants qui marchent sur une plateforme en planches jusqu’à l’immeuble de l’Immigration où les bureaux de l’immigration et du chemin de fer ainsi que d’autres bureaux se trouvent, le Canadian Pacific Railway fait généralement monter les bagages sur des chariots de chemin de fer et les dépose sur la plateforme située devant l’immeuble pour qu’ils soient triés et vérifiés à mesure que les immigrants se procurent des billets de train. Ils sont ensuite chargés dans des fourgons à bagages, et un train spécial pour les immigrants, comportant habituellement des voitures-lits de colons, est toujours prêt à partir pour que les immigrants ne soient pas retenus inutilement. Tout ce qu’ils ont à faire, c’est d’échanger ou d’acheter leurs billets de train, de consigner et de déconsigner leurs bagages, de se procurer des provisions au comptoir pour le voyage et de passer de la plateforme à une voiture de colons qui les mènera, sans aucun transfert, au Manitoba et même en Colombie-Britannique. Puisqu’il y a rarement plus de 400 passagers et leurs bagages dans un train, il est fréquent que les immigrants débarquant d’un seul navire aient besoin de deux, et parfois de trois trains spéciaux.
Le centre d’immigration construit par le gouvernement du Dominion en 1887 est Intérieur du centre d’immigration, quai Louise, po. Source : Bibliothèque et Archives Canada, a048697 un immeuble de deux étages mesurant 400 pieds de longueur et comportant une grande véranda tout autour, de même que des sièges fixes où les gens sont à l’abri du : soleil et de la pluie. Il est admirablement bien situé, car il est presque entouré d’eau vive avec de l’air pur et frais en abondance et plusieurs terrains vacants tout à côté. Durant 1 les deux années où le centre a été utilisé, 1 tous ceux qui y sont allés ont exprimé librement leur satisfaction par rapport à l’immeuble et aux commodités qui y sont « offertes aux passagers épuisés, après que « ces derniers ont passé 10 ou 12 jours dans l’espace restreint qui était disponible pour prendre de l’air et faire de l’exercice à bord d’un navire.

Au rez-de-chaussée de l’une des extrémités, il y a suffisamment de bureaux simples et doubles pour recevoir tous les agents rattachés aux diverses directions du service de l’immigration, soit les agents provinciaux et du Dominion, les médecins du port, les agents des douanes, les préposés aux billets ainsi que les agents des postes de télégraphe et de téléphone, et ces bureaux sont tous d’accès facile pour les personnes à l’intérieur et à l’extérieur de l’immeuble.
Le grand hall, qui mesure environ 250 pieds de longueur, est assez grand pour accueillir 1 OOO passagers munis de leur bagage à main. Il est bien éclairé grâce aux grandes fenêtres, et de nombreuses portes latérales le font communiquer facilement avec la véranda. Dans le hall se trouvent un long comptoir et un magasin, tenu par une personne nommée par le gouvernement, où les immigrants peuvent se procurer, à prix modique, des provisions pour leur voyage. À titre indicatif pour les immigrants, une liste de prix des articles à vendre ainsi que des tableaux de la valeur de monnaies étrangères en monnaie canadienne est affichée dans les différentes parties du hall. Ils sont écrits en français, en allemand, en scandinave [sic], en russe et en d’autres langues étrangères. De plus, des dispositions ont été prises pour permettre de changer en monnaie canadienne de l’argent apporté par les immigrants.
À l’extrémité ouest se trouve une salle à manger offrant 200 places assises. Comme il est possible d’obtenir une tasse de thé ou de café, ou encore un verre de lait avec du pain et du beurre pour 10 cents, de même qu’un repas chaud complet comprenant de la viande et des légumes pour 25 cents, on peut subvenir aux besoins de tout le monde de manière satisfaisante. Une grande cuisine, équipée d’une nouvelle cuisinière moderne, est contiguë à la salle à manger.
Vaile est divisée en deux appartements (celui des hommes et celui des femmes, qui sont complètement séparés l’un de l’autre). Chacun d’eux comporte 6 salles de bains et un certain nombre de lavabos. Du savon et des serviettes sont toujours fournis.
Au 2° étage, on trouve deux grandes salles pouvant recevoir 300 personnes chacune. Des sièges fixes se trouvent, tout autour de ces salles, qui s’avéreront utiles, en cas de surachalandage peu importe la cause. Du côté des femmes, 15 chambres à coucher et des quartiers pour une surveillante et une assistante sont disponibles, tandis que du côté des hommes, on trouve quatre chambres à coucher. Ces chambres peuvent être utilisées par les personnes qui souhaitent se reposer une journée ou plus avant d’entreprendre un long voyage en train ou qui attendent de recevoir des versements provenant d’amis, etc.
Si l’on tient compte de l’espace abrité de la véranda, l’ensemble des lieux permet largement de recevoir 3 000 personnes. [traduction libre]
Les photos et 2, ci-jointes, montrent extérieur des installations ainsi qu’une vue de l’intérieur du grand hall. Limmeuble de Québec, qui figure à la photo 3, a été réagrandi tout juste avant la Première Guerre mondiale.
L’accostage et les correspondances vers l’intérieur de quelque 3 000 000 immigrants par l’intermédiaire du port de Québec sont une partie importante de l’histoire de l’immigration au Canada qui mérite d’être reconnue comme telle.
Robert Vineberg a passé 28 ans au sein du programme d’immigration et a eu notamment des affectations au R.-U. et à Haiti. Il a été directeur général de la Région des Prairies et des Territoires du Nord-Ouest à CIC avant de prendre sa retraite en 2008. Il est agrégé supérieur de la Canada West Foundation et titulaire d’un BA de l’Université de Toronto ainsi que d’une MA en histoire du Canada et d’un diplôme d’études supérieures en administration publique de l’Université Carleton. Son livre, Responding to Immigrants’ Settlement Needs: The Canadian Expérience, vient d’été publié par Springer.
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