bout de papier, Vol. 11, No. 2 (1994) — Summer 1994 // Été 1994, p. 8

Donner naissance à l’étranger, ou tout au moins dans les pays dont les conditions sanitaires sont adéquates, peut s’avérer une expérience riche en anecdotes.

Mon épouse Cécile avait donné naissance à notre premier garçon, Samuel, à Baie- Comeau, qui était la ville de son enfance. À l’époque (1982) encore une petite ville peu connue sur la Côte Nord, elle (la ville, pas mon épouse) deviendrait rapidement connue un jour pour avoir engendré un Premier Ministre des plus controversés. Mais là n’est pas le but de mon propos, puisque les historiens sauront bien juger un jour (l’ex-PMI, j’entends, pas mon épouse).

Ayant accepté un poste à Mexico en 1985, alors que Cécile était encore enceinte de six mois, nous eûmes à décider si elle demeurerait au Canada ou si elle opterait pour l’une des nombreuses cliniques de Mexico. Après tout, cette ville ne voit-elle pas naître plus d’enfants que tous les hôpitaux canadiens réunis? Et demeurer au Canada à l’automne, seule dans un appartement n’était pas la solution, d’autant que notre aîné, alors âgé de trois ans, déplaçait de l’air.

Après nous être dûment renseignés auprès du médecin du poste, qui nous rassura sur le professionnalisme des soins disponibles sur place, nous optâmes pour le « beau risque » (non, pas celui de René Levesque concernant le petit gars de Baie- Comeau — l’ex PM, pas notre fils Samuel), c’est-à-dire de venir à Mexico y compléter la grossesse et accoucher.

Tout se déroula à merveille, le hasard ayant voulu que nos effets personnels arrivent au moins une bonne semaine avant l’accouchement, ce qui permit à Cécile de se changer les idées en déballant, tâche emballante s’il en est, la multitude de boîtes contenant les accessoires de bébé et autres menus articles dont tout ménage a besoin pour survivre.

Je passe par-dessus les émotions que nous eûmes à vivre le jour où « l’enfant s’annonça » et qu’il nous fallut nous rendre rapidement à l’hôpital Humana de Los Angeles (situé à Mexico, et non en Californie). Tout se déroula le plus naturellement du monde, si ce n’est que nous ne pûmes voir notre fille, Laure Élise, que 24 heures plus tard, les médecins ayant diagnostiqué « quelques problèmes, rien de grave, rassurez-vous ».

Plus d’un mois plus tard, rassuré sur l’état de santé de la mère et de la fille, et désireux d’entamer les étapes pour l’obtention du certificat de citoyenneté canadienne pour notre fille, on m’informa qu’il me fallait un certificat de naissance en bonne et due forme. Formalité normale, pensai-je alors, et qui m’ayant pris une bonne demi-heure à l’Hôtel de ville de Baie-Comeau dans le cas de notre petit gars (Samuel, pas l’ex-PM), je croyais benoîtement que la procédure serait peut-être un peu plus longue à Mexico, mais qu’avec l’aide de l’ambassade, ce ne serait qu’une formalité.

Disons qu’il me suffit de huit visites au bureau de quartier de la mairie pour obtenir ce précieux document. La première fois, je n’avais pas en ma possession tous les documents requis. La seconde, la mairie n’avait pas de formulaire de certificat de naissance. La troisième, le fonctionnaire ayant autorité de signer n’y était pas. La quatrième, 1l y était, mais la photocopieuse était en panne. La cinquième, la photocopieuse fonctionnait, mais on manquait de papier du bon format. La sixième, tout concordait, et il me suffisait de présenter le reçu (tiens, du nouveau, personne ne m’avait parlé de reçu avant, et quel reçu donc?) que je pouvais obtenir au comptoir des finances dans l’édifice voisin qui était malheureusement fermé, les heures de ce service ne coïncidant pas avec celles du service qui octroyait les certificats de naissance. La septième, muni du précieux reçu, je croyais sentir la victoire à portée de la main, mais il manquait un renseignement qu’on avait oublié. Les astres étant bien alignés, la conjoncture favorable, et mes nerfs reposés, je me pointai une huitième fois sans trop me faire d’illusions. On me sourit avec la gentillesse proverbiale des Mexicains et je pus finalement obtenir le nombre limite de copies légales du parchemin tant convoité, quelque chose me disant que je devrais éviter dans la mesure du possible d’y retourner à tous les mois.

En possession de ce document, mon épouse et mois complétâmes les formulaires pour l’obtention de la citoyenneté canadienne pour Laure Élise. Nous eûmes alors à faire face à une autre série d’épreuves, concernant cette fois le nom légal de notre fille. C’est que Samuel avait été enregistré au Québec, ce qui permet un certain nombre de permutation dans le choix du nom de famille, le nom de mon épouse (Bourdages) suivi du mien. C’était sans compter sur le certificat mexicain, qui inscrit obligatoirement le nom du père avant celui de la mère. Désireux de rectifier cette anomalie, nous soulignâmes que nous souhaitions que notre fille possède, à l’instar de son (grand) frère, le même agencement de nom(s). Le service de la citoyenneté est situé sur l’Île du Cap-Breton, en Nouvelle- Écosse. « Mais vous ne pouvez pas, puisque le certificat de naissance dit … ». Résumons nous pour dire qu’au bout de quelque mois de cet imbroglio québéco-mexicano-fédéralnéo-écossais, et de deux renouvellements de son passeport canadien temporaire, la précieuse citoyenneté canadienne fut octroyée à ma fille, dont les parents l’avaient certes fort méritée. Quant à son nom, disons qu’il dépend du côté de la carte de citoyenneté que l’on regarde.

À la naissance de Félix Antoine, en 1987, l’expérience aidant, il me suffit de … sept visites au bureau de quartier de la mairie de Mexico. Et sa citoyenneté lui fut accordée en quelques mois seulement.

Voir les pages numérisées d’origine →

Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 11, No. 2 (1994) — Summer 1994 // Été 1994, p. 8. Lire le reste de ce numéro →

Partagez cet article / Share this article

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email