bout de papier, Vol. 23, No. 2 (2007) — Fall 2007 // Automne 2007, p. 39

Éric Mercier nous a quitté trop tôt. D’abord un collègue, il était devenu, au fil du temps et des rencontres, un ami. Nous espérions le voir pendant notre séjour au Canada, mais nous sommes arrivés quelques jours trop tard. Il va nous manquer.

À son arrivée au ministère des Affaires étrangères, beaucoup furent intrigués par ce sympathique musicien, cheveux poivre et sel, rire feutré. De musicien à diplomate, Éric amorçait avec détermination une seconde carrière bien différente de la première. Dès son entrée au Ministère, c’est le Moyen-Orient qui l’a appelé et une formation linguistique intensive a suivi. Son oreille musicale et ses connaissances linguistiques lui ont permis de maîtriser la langue arabe rapidement et à un niveau remarquable.

Dès sa première affectation en Jordanie en tant qu’agent responsable de l’Irak, il a brillé par son ardeur au travail et la qualité de son analyse. Éric a ainsi récolté coup sur coup les prix du Ministre, et de l’Association professionnelle des agents du Service extérieur pour son travail en Irak. Remporter un seul de ces prix est un honneur distinct pour un diplomate canadien; les cumuler, et ce dès sa première affectation à l’étranger, relève de l’exploit.

Après le Proche-Orient, Éric fut appelé au Maghreb. Comme conseiller politique à Alger, il s’est encore une fois attelé à la tâche avec intérêt et courage, et s’est attiré l’admiration et l’amitié de ses collègues et patrons. Pendant son séjour tristement écourté à Alger, il s’est également porté volontaire pour prêter main forte à l’ambassade du Canada au Liban lors des plus récents combats entre Israël et le Hamas.

Éric a touché beaucoup de collègues et de vis-à-vis irakiens, jordaniens et algériens. Talentueux, érudit et d’une rare modestie, Éric entreprenait tout avec passion et une exceptionnelle ouverture d’esprit. Sa connaissance et son respect de l’histoire et des traditions locales touchaient ses interlocuteurs et collègues locaux. Sa curiosité insatiable et une remarquable capacité d’écoute lui ont ouvert bien des portes dans des milieux parfois hermétiques. Éric a aussi pu charmer bon nombre de gens en apprenant à manier des instruments de musique ocaux et exotiques — prouvant à ses hôtes son intérêt pour leur culture et leur point de vue. Dans un monde où l’information circule de plus en plus librement, Eric a pu démontrer qu’il est plus important que jamais d’aller sur le terrain recueillir les renseignements privilégiés qui nous permettent de réagir rapidement et adroitement aux événements.

Le 11 septembre 2001, Eric était fidèle au poste à Amman. Ce soir-là, autour de multiples cafés bien serrés, les discussions entre amis se sont poursuivies jusque tard dans la nuit. À travers le choc, la fébrilité et l’inquiétude, Éric jetait de temps à autre un coup d’œil à la télévision locale (en arabe) ou donnait un coup de fil à un de ses contacts. Loin d’être un simple spectateur, il avait vite compris qu’il se retrouvait au cœur de l’action, et qu’il serait primordial de fournir une analyse juste des répercussions des attentats au Moyen-Orient.

Les témoignages et hommages recueillis mettent en lumière les grandes qualités d’Éric : généreux, sensible, à l’écoute, créatif, conciliant, érudit, d’une extrême gentillesse. On se souvient aussi de sa grande humilité et de son extraordinaire capacité d’émerveillement. On se rappelle beaucoup de l’ami avec lequel on pouvait avoir de longues conversations à bâtons rompus, ou qui prenait naturellement un instrument en cours de soirée pour y gratter ou taper quelques notes. Il n’avait pas besoin de se faire prier pour utiliser sa cornemuse et assurer une entrée triomphale au Père Noël de l’ambassade!

Et on ne peut pas parler d’Éric sans souligner la présence à ses côtés de Sandra. Une femme de conviction, d’énergie et de courage qui a partagé avec Éric la passion du voyage et des découvertes. Sandra, nous te transmettons nos condoléances les plus sincères.

Au cours des derniers mois de sa vie, le courage et la détermination d’Éric face à l’adversité nous ont révélé sa force de caractère. Il n’a jamais cessé de vivre à plein et il a poursuivi ses passions jusqu’à la fin. Rares sont les gens sachant combiner la passion pour leur travail avec une gentillesse universelle et des talents si variés. Éric aura brillé en tant que diplomate, mais c’est de l’être éminemment attachant et sensible dont nous nous souviendrons. a

Voir les pages numérisées d’origine →

Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 23, No. 2 (2007) — Fall 2007 // Automne 2007, p. 39. Lire le reste de ce numéro →

Partagez cet article / Share this article

Facebook
Twitter
LinkedIn
Email