bout de papier, Vol. 30, No. 2 (2017), pp. 2–3
En cet automne 2017, bout de papier s’intéresse à la question du genre et, plus spécifiquement, aux femmes dans le contexte diplomatique. C’est grâce a l’effort de plusieurs contributeurs, interpellés individuellement, que nous abordons ce thème d’actualité. Les contenus de ce numéro sauront, je l’espère, s’éclairer mutuellement et contribuer à la réflexion que se livre notre communauté.
Ce choix s’imprègne aussi de la mouvance actuelle. Tant au Canada qu’ailleurs, l’égalité des genres interpelle la société. Il ne passe pas une semaine sans que soit diffusée une nouvelle étude sur la situation des femmes dans un milieu donné.
Dans ce contexte, il est notoire que le gouvernement canadien ait su développer une image de marque qui comporte une fibre féministe au rayonnement simple et puissant. Le Canada se retrouve ainsi à l’avant-scène d’une discussion globale. L’approche, qui traduit le renouveau des valeurs canadiennes, inspire plusieurs observateurs. Elle pourrait marquer une époque de notre diplomatie.
Derrière l’image se cache un projet ambitieux. Il consiste, comme l’ont exprimé dans des discours-phares les ministres Freeland et Bibeau, à placer la cause féministe au cœur de nos relations internationales. Il y a deux ans que le Premier Ministre a synthétisé « parce qu’on est en 2015 » pour expliquer l’investiture d’un cabinet paritaire. L’expression avait défrayé la manchette de par le monde. Qu’en est-il de 2017 et bientôt 2018?
Diplomats and stakeholders alike are paying attention to where the rubber hits the road. Among them is Julie Delahanty, a former Foreign Service officer who is now a civil society leader. In her article, Delahanty champions a strong feminist project for Canada’s global presence. She reminds us that putting the interests of women at the heart of policy — including commercial or humanitarian efforts — first entails listening to them. Practitioners need to consider how new measures will impact women or, better, study the challenges women face to tailor solutions to their needs.
Our development colleagues have a leg up on most Foreign Service Officers in
L’importance actuellement accordé
par des pratiques corporatives c
profonds pour notre organisation,
this. Indeed, they have been investing in women for some time. The approach concords with Canadian values, but that is not its sole driver. Equally important for stewards of Canadian funds is effectiveness: and it is well-established that women are an important, and often under-resourced, vector of economic development.
I highlight this because some contend that a feminist foreign policy is shallow. That it is window-dressing. The hard trade or geopolitical questions of our time take precedence over value-based ambitions, the reasoning goes. While the national interest remains a diplomat’s primary compass, development’s experience shows that values and interests can accord. Finding those productive nexus is the challenge put to those who want a feminist global policy.
M” Delahanty interroge aussi les institutions qui administrent nos politiques. Là s’ouvre une discussion portant sur les processus corporatifs affectant les femmes : exercices de promotion, mentorat, nomination des chefs de mission. Il s’agit de sujets chargés au sein de notre communauté, particulièrement depuis que la haute gestion multiplie les efforts pour épauler les femmes. Dans les couloirs de Pearson et de Portage, le genre a aujourd’hui une importance qu’il n’avait pas jusqu’à tout récemment.
Tant incarnation que moteur de la cause au sein d’AMC, l’influent Réseau des femmes (un rhizome informel exprimant une solidarité bienvenue) offre une communauté de pratique aux femmes — ainsi qu’aux hommes qui auraient le courage de s’y aventurer. Il jouit d’une écoute et d’un certain imprimatur de la gestion, ce qui dérange certains collègues.
Afin de présenter et de démystifier ce
ie au genre, si elle devait se traduire lurables, décrit des changements dont il serait pertinent de débattre.
réseau, bout de papier s’est entretenu avec Sarah Taylor et Angela Bogdan. Ces deux géantes de la cause livrent, sous la plume de Laura Atar, leur histoire et vision.
Une certaine rectitude plombe aujourd’hui nos conversations portant sur la gestion paritaire des ressources humaines. Je ne compte plus le nombre de fonctionnaires, hommes et femmes, qui manient un discours privé plus nuancé que leur position publique sur la question.
Par exemple, certains affirment en privé que le ministère prend des risques lorsqu’il nomme des femmes à des postes de responsabilité alors que des hommes ayant prima facie plus d’expérience étaient aussi intéressés. Or ce type d’affirmation — délicate, soit — est absent de la sphère publique. Même intelligemment, il demeure difficile de s’inscrire contre le mouvement de l’heure et l’enthousiasme qu’il génère.
Faut-il se préoccuper de cette situation? Plus j’y réfléchis, plus je crois que oui. D’abord parce que l’importance actuellement accordée au genre, si elle devait se traduire par des pratiques corporatives durables, décrit des changements profonds pour notre organisation, dont il serait pertinent de débattre. Il est d’autant plus difficile de s’approcher d’un consensus organisationnel quand la seule position acceptable est l’acquiescence générale. Il faut un espace où discuter de l’organisation que nous voulons; un espace assez vaste pour qu’on y distingue les fins des moyens.
Many women today think that men’s buy-in is invaluable to society achieving greater parity. Love it or hate it, this is one way that Justin Trudeau stands out as a man: he is out there.
In our departments, men’s voices are currently weak in discussions on what parity means. It is not, I think, because men hold values contrary to a moderate brand of feminism. Many indeed espouse those values. They may be quiet in Canada, but abroad, their conviction shows in everything from public diplomacy to consular services to helping women entrepreneur succeed despite stereotypes.
What the feminist project entails for our institutions is currently unclear to many. This has led some men to falsely conclude
What the feminist project e currently unclear to many. This has that the project does not con fear and misunders
that the project does not concern them, while it generates fear and misunderstanding in others. Radical and vengeful proposals have been made in the name of feminism through time, such that some men (and women, no doubt) today feel awkward about entering a feminist forum. Others may see gender-equity as a narrow project, a zero-sum redistribution of corporate benefits towards women. If the feminist ambition is more than that, as I believe it is, then that ought to be publicized. That would broaden its appeal.
A thought: perhaps a manifesto would help. A text or a video to explain the aims, values and means that accompany the vision of gender-balanced institutions. Consulting such a document could generate the discussion we need.
Je suis né dans la classe moyenne du Québec des années 70. La révolution des mœurs qu’avaient pilotée les babyboomers s’achevait. Mon père était féministe tout autant que ma mère. Mes deux grands-mères alliaient des revendications pro-femmes résolument progressistes aux valeurs de leur époque. Ainsi lové, l’égalité des genres me paraissait comme une évidence. Sa réalisation empirique n’était qu’une question de temps.
En 2017, il reste du progrès à faire chez nous — dans la sphère professionnelle, mais surtout dans la sphère privée. Malgré cela, le Canada se classe relativement bien au chapitre de l’équité. Les femmes de par le monde, cependant, continuent de subir davantage de discrimination genrée… et de violence sexuelle. Une violence qui, dans sa continuité, constitue une plaie béante à notre humanité commune.
Réfléchissant à son expérience en Arabie Saoudite, où les femmes sont citoyennes de deuxième classe, Tom MacDonald souligne dans nos pages le temps que mettent les changements sociétaux à s’accomplir. Brusquer de tels changements est un pari risqué, pouvant miner
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leur durabilité. Delahanty et Taylor appellent aussi, à leur façon, à un changement graduel et soutenable.
Près de chez nous, la défaite d’Hilary Clinton aux présidentielles américaines de 2016 a suscité stupeur et introspection au sein du mouvement féministe, divisé pour l’occasion. On appelle désormais à une solidarité genrée qui transcenderait les conditions sociales, connue sous le nom d’intersectionnalité. Cri de ralliement autant qu’effort d’inclusion, l’intersectionnalité traduit une double réalité : la multiplicité des identités minoritaires et la relativité, pour certaines, de l’identité-femme. Les mêmes dynamiques poussent actuellement nos institutions vers des politiques de diversité.
As I was finalizing this text, the #metoo campaign broke out. Thousands and thousands of women signaling their experience as victims, most of them in developed countries, in a stark reminder that still waters run deep.
Though noise inevitably surrounds social media, the underlying epidemic is documented: according to EU research, for example, a little over half of women report having been victims of sexual violence. Harassment continues, driven not by the kind of intelligent flirt that reads signals and adjusts, but by unsocialized desires.
The Hollywood context that prompted the denunciations bears some similarities to our workplaces, where ambition and corridor reputation coexist. This underscores our need to remain vigilant about abuse — directed at women, or men and other shades on the gender continuum.
Indeed, as one transcends the binary man/woman opposition into the polydimensional space of gender, sexual orientation and spirituality, a wealth of nuances emerge that defy classification. For this reason, also in this issue, bout de papier is happy to draw attention to the plight of LGBTQ2+ community. Hector Mackenzie highlights the historical wrong suffered by homosexual colleagues, while Mark Allen reflects on their current situation in Canadian diplomacy.
Diversity within the Foreign Service strengthens us. It is an ideal at the confluence of several rights and, like gender equilibrium, it needs to be articulated, promoted and defended. Truth is rarely self-evident.
— Christian Ranger, rédacteur en chef
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