bout de papier, Vol. 14, No. 1 (1997) — Spring 1997 // Printemps 1997, pp. 13–16

Tout dernièrement encore, avait lieu une conférence sur la Biodiversité et son importance pour le Canada et l’économie canadienne, où le maître-mot des diverses présentations était: «il nous faut passer à l’action»; la mobilisation des différents acteurs (gouvernement, industrie, université et le public dans son ensemble) est essentielle pour la mise en pratique des concepts de développement durable, et de gestion durable des ressources forestières.

Le souci de transcrire en action les discussions internationales de ces dernières décennies sur les questions d’aménagement et de conservation des forêts du globe, trouve voix au niveau des différents acteurs politiques, économiques et sociaux. La communauté internationale s’est tout particulièrement penchée sur les questions afférentes à l’occupation du territoire, aux répercussions du déboisement et de la dégradation des forêts, à la durabilité de la production de bois, et à l’établissement de peuplements forestiers par l’homme. La nouvelle charte de politique extérieure du gouvernement canadien réaffirme d’ailleurs, à cet effet, l’engagement du Canada à adopter et promouvoir les accords internationaux en faveur d’une gestion durable des ressources forestières.

Le programme de forêts modèles se trouve justement au coeur de l’action : il offre un terrain propice pour la constitution de partenariats en aménagement forestier durable, ce qui aidera en outre les gouvernements dans leurs décisions de politique forestière.

Le programme du Réseau international des forêts modèles a été lancé à Rio de Janeiro, lors du Sommet de la terre de 1992, lorsque le Canada a invité d’autres nations forestières à s’intégrer au Réseau des forêts modèles. Ce programme a pour but d’améliorer à l’échelle mondiale la compréhension des pratiques sylvicoles permettant d’assurer la durabilité des forêts. La création d’un réseau international de forêts modèles rend possible les échanges d’information et d’expertise, les tests de pratiques sylvicoles durables et encourage la formation de partenariats novateurs. Une forêt modèle amène l’industrie, les populations autochtones, les groupes de défense de l’environnement, les associations communautaires et les représentants des autres groupes d’intérêt concernés à unir leurs efforts pour gérer les ressources forestières de façon responsable au bénéfice des générations actuelles et futures.

Le réseau international est né à la suite des succès remportés par le réseau canadien des forêts modèles. Ce dernier a été mis en place dans le cadre du Plan Vert du Canada pour un environnement sain lancé en 1990, pour renforcer l’aménagement durable des forêts canadiennes. Au Canada, on compte aujourd’hui dix forêts modèles, qui représentent les principales Z^… fr nationales. Le réseau inten les forêts modèles canad établies au Mexique (au nombre de deux : les forêts modèles de Chihuahua et de Calakmul), et en Russie (la forêt modèle de Gassinski). D’autres sites de forêts modèles sont en développement dans ces deux pays, ainsi qu’aux Etats-Unis et en Malaisie. En outre, de nombreux autres pays ont exprimé et continuent d’exprimer leur désir de se joindre au Réseau international: c’est le cas de l’Argentine, du Chili, du Japon, du Vietnam, pour n’en citer que quelques uns.

La Forêt Modèle

Le concept de «forêt modèle» repose sur le principe selon lequel les écosystèmes forestiers sont précieux pour la société, et doivent faire l’objet d’une gestion efficace et responsable qui tienne compte non seulement des besoins d’un groupe ou d’un secteur, mais aussi ceux de tous les intervenants. cadre d’analyse ne se restreint pas au futur immédiat, mais s’étend sur le long terme. Grâce au Programme de forêts modèles, les gouvernements encouragent des groupes sectoriels, des organismes et services publics divers, des groupements sociaux a se concerter et à développer une vision commune des avantages socio-économiques, ainsi que les méthodes de conservation qu’ils emploieront pour que ces avantages deviennent réalité. La principale vertu de ces partenariats est de permettre à la planification et aux activités d’avoir lieu au niveau du territoire forestier local.

No nor en Natura shanna faret manAlA en contribuant, par P’intermédiaire di Réseau international des forêts r à la mise en commun des connai technologies, données scientifiyues ai expériences. Aussi, de Calakmul à Gassinski, en passant par le Canada, les forêts modèles exposent une variété d’activités calquées sur les besoins, défis et opportunités locaux, et tendent toutes cependant vers la mise en place de pratiques de gestion durable des ressources forestières. La forêt modèle de Calakmul (Mexico), par exemple, tente de diversifier les activités économiques de production sans pour autant menacer l’environnement, celle de Gassinski (Russie), elle, se penche plus sur la question de gestion intégrale avec les populations indigènes pour satistaire leurs besoins.

Le programme de forêts modèles offre la possibilité à divers pays et acteurs qui s’emploient à trouver et développer des réponses locales et régionales aux problématiques économiques, sociales, et environnementales, de participer et influencer les tendances mondiales en matière d’aménagement forestier. Il est, en ce sens, particulièrement pertinent dans le cadre de la politique étrangère canadienne en matière environnementale qui est axée sur la coopération et la promotion des pratiques forestières durables. Le Canada est un chef de file mondial dans les domaines de la foresterie et de la conservation. Il abrite 10 % des forêts du monde, qui lui fournissent non seulement des revenus économiques, mais aussi un riche patrimoine naturel et culturel. Le Canada dispose d’un potentiel considérable dans une gamme étendue de techniques modernes de foresterie et de conservation. Il est réputé pour ses efforts dans le sens d’une gestion durable de ses parcs et zones protégées, de la faune, des forêts et des bassins hydrographiques.

A ce titre, le Canada possède des connaissances et expériences indéniables en matière d’aménagement et de gestion saine des ressources forestières; et de nombreux pays, notamment les pays en voie de développement, s’attendent à ce que le Canada collabore au dialogue mondial sur l’avenir des forêts de la planète, les fasse profiter de son savoir-faire en gestion forestière, et les aide à adopter des politiques d’aménagement forestier durables.

Le réseau international participe activement aux dialogues internationaux sur le développement durable, particulièrement sous l’angle de l’environnement forestier, de la biodiversité, et de la protection et régénération des ressources naturelles. Les forêts modèles offrent un cadre pragmatique, un terrain réel, pour tester et exécuter les politiques et pratiques résultant de ces rencontres, tels les critères et indicateurs qui caractériseraient et mesureraient l’aménagement forestier durable. Ainsi, dans le long terme, le réseau sera à la base d’une coopération internationale pour la mise en valeur durable des ressources forestières partout dans le monde. Les forêts modèles participantes, issues d’écosystèmes divers, fourniront les connaissances et les encouragements nécessaires pour que de grands domaines forestiers du globe soient aménagés et conservés selon les méthodes qui assureront des avantages durables pour l’humanité.

La prochaine forêt modèle? La réserve des papillons Monarque, au Mexique.
La prochaine forêt modèle? La réserve des papillons Monarque, au Mexique.
Artisanes Tarahumara, forêt modèle de Chihuahua (Mexique).
Artisanes Tarahumara, forêt modèle de Chihuahua (Mexique).

Les forêts modèles du réseau sont assistées dans cette entreprise par un secrétariat international. Le Secrétariat du Réseau international de forêts modèles (SRIFM) veille, entre autres, à ce que la vision de la forêt modèle soit maintenue, étendue dans le temps et dans l’espace. Le SRIFM conçoit diverses activités destinées à renforcer le réseau et à étendre son incidence sur l’amélioration de la gestion des forêts du monde dans une optique de durabilité et de respect de l’environnement. Par ailleurs, il est l’organe de coordination quotidienne du réseau. Il assure la mise en commun des renseignements et expériences des forêts membres. Il sert de catalyseur par la diffusion d’idées et de technologies nouvelles, par le recours à la recherche scientifique pour l’amélioration des opérations des forêts modèles, et par la planification et l’organisation d’ateliers, de séminaires et de forums.

Pour répondre de manière adéquate à la diversité des besoins et exigences de ce réseau international, le secrétariat du réseau international a été transféré du Service canadien des forêts au Centre de recherche pour le développement international (CRDI) où il se trouve actuellement logé depuis 1995, comme un secrétariat indépendant. Sous le présent accord, le réseau international est appuyé par le Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, l’Agence canadienne pour le développement international (ACDI), le Service canadien des forêts, et le CRDI.

Calakmul Model Forest — A Snapshot

Eriberto was kind enough to offer us a bucket of fresh rainwater to wash the mud off our bodies, a hot cup of sweet orange leaf herbal tea, some dry, though ill-fitting clothes, and a hammock to sleep in. It had been a very long day. Hugo (the Model Forest manager) and I had left Zoh Laguna, the administrative centre for the Calakmul Model Forest (CMF) that morning. Two and a half hours and 80 km later, we had to leave our pick-up truck on a dirt path – it could advance no further on the steep and slippery forest track. We walked the last 2 km through the tall tropical forest to Eriberto’s ejido*, population 32, living in a rag-tag collection of a dozen sturdy thatched-roofed, dirt-floor huts 15 km from the conjunction of the Belize, Guatemalan and Mexican borders. Eriberto is one of the most welcoming and enthusiastic campesinos I know in the CMF — the reputation of his village as a friendly place is so well established in the area that it is commonly referred to as “Los Cariñosos” — the dear ones.

Tired of living without a secure land base, his extended family had left the tropical ranching state of Tabasco 17 years earlier in the search for their own lands. They settled in the Calakmul area, one of the last frontiers in Mexico, covered with relatively untouched tropical forests. They arrived with a tradition of cattle ranching and in the intervening time, they transformed 30% of their lands (450 of 15,009 hectares) into pasture, dense second-growth scrub, and subsistence farm plots. Clearly, in just a few more years, they would soon have cleared the remaining forest, eventually ending up with extensive low quality pasture, no forest resource and little potential to diversify income-producing activities.

Calakmul Model Forest coordinator Hugo Farfán stands by a fallen Mayan stela. Within the confines of the Calakmul Model Forest are hundreds of unexplored Mayan sites from 700 A.D. and earlier.
Calakmul Model Forest coordinator Hugo Farfán stands by a fallen Mayan stela. Within the confines of the Calakmul Model Forest are hundreds of unexplored Mayan sites from 700 A.D. and earlier.
IDRC forestry advisor Richard Baerg (right) explores an unexcavated Mayan ruin with a member of the Xpujil Regional Council. Carefully controlled ecotourism has been identified as a priority activity within the Model Forest.
IDRC forestry advisor Richard Baerg (right) explores an unexcavated Mayan ruin with a member of the Xpujil Regional Council. Carefully controlled ecotourism has been identified as a priority activity within the Model Forest.

Los Cariñosos is representative of the challenge that faces the people of the Calakmul area. They have arrived escaping hardship, landlessness and sometimes violence from other parts of Mexico (mostly Veracruz, Tabasco and Chiapas states). They have brought with them ill-adapted land-use practices that had evolved over generations in other parts of Mexico, where soils and rainfall patterns are different. In the 30 years since the Calakmul area was opened to settlement, over 50% of the original forest cover has been removed, leaving behind extensive areas of less valuable second growth, abandoned pasture lands and subsistence agriculture parcels. Hope lies in the fact that the campesinos themselves have recognized that things will need to change should they wish to guarantee a better future for their children. They have organized themselves into a democratically-run rural development association called the Xpujil Regional Council, with which the Calakmul Model Forest is closely allied — in fact, the CMF directors are the same campesinos who have been selected to direct the Regional Council.

Model Forest projects under discussion at a meeting of the Xpujil Regional Council.
Model Forest projects under discussion at a meeting of the Xpujil Regional Council.

We were visiting Eriberto and his ejido that day to hear what they had to say about the proposal to build a technical field station in their ejido and to see what progress had been made in developing a forest management plan. Given the ejido’s remote location, the CMF technical staff had initially proposed to build a simple station for technicians travelling to the area. With the station, technicians would be able to stay in the area for extended periods, better serving the needs of surrounding communities and saving on time and money in travelling back and forth. Consultation with other CMF and Regional Council people along with visiting scientists resulted in an expanded proposal to build a larger station to be able to accommodate students on field trips, scientists and eco-tourists. We were also visiting to gauge the progress being made in Los Cariñosos in regards to completing a forest inventory for the preparation of a forest management plan. Many small ejidos do not have the resources to undertake inventories and receive support from the CMF. Once inventories are completed, management plans for sustainable timber extraction can be developed and approved by the appropriate Mexican authorities, a prerequisite for commercial extraction.

Typical campesino dwelling — Calakmul Model Forest.
Typical campesino dwelling — Calakmul Model Forest.

The community enthusiastically supported the field station, as it would provide them with an important source of employment income. They would sell wood for construction and be employed building it and would be co-owners and managers of the completed station, in charge of the caretaking and providing services for the visitors. They had also completed a forest inventory, with the support and training of CMF and Regional Council technicians. They were eagerly awaiting their approved management plan to begin small-scale commercial extraction and the community decided to set aside 800 hectares of land under permanent forest cover for sustainable forest use. This alone is a great success — in a traditional cattle ranching community, members had begun to see the value of taking care of their forest resource.

Hugo and I hiked the 2 km back to our truck later that afternoon, got in and, within 100 m, got very stuck in the mud. We extricated ourselves and tried clearing the axles. A tropical thunderstorm broke overhead. In no time, it was very dark, pouring rain, bolts of lightning and thunderclaps were everywhere, we were covered with mud and getting nowhere. We made our way back to the ejido where we spent the night. The next day, waking up to the Jurassic cries of howler monkeys in the nearby forest canopy, the villagers accompanied us back to the truck and, after 2 hours of digging, we were finally on our way.

At the end of 1996, Eriberto was elected as one of the 6 members of the board of directors of the Regional Council, making him an automatic director of the Calakmul Model Forest. The field station is now under construction and is using sustainably produced timber from the ejido Los Carinosos.

* The “ejido” is the fundamental unit of land management in Mexico; born out of the 1910-17 Revolution, the ejido is technically the property of the state but the use of the land is ceded in perpetuity to a given community, to be managed on a communal basis.

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