bout de papier, Vol. 26, No. 3 (2012) — Spring 2012 // Printemps 2012, pp. 21–25

Mot de la rédaction : Selon une blague usée, « renseignement militaire » serait la définition parfaite d’un oxymoron. Certains pourraient croire qu il en est de même de diplomatie et renseignement, mais, comme dans le cas de l’armée, c’est le contraire qui est vrai : ce sont des siamois. Quelle est la valeur réelle du « renseignement » mal informé par son contexte diplomatique? À quoi peut vraiment servir la « diplomatie » mal informée par ses « secrets utiles », pour reprendre les mots de Sarah Taylor?

Au lendemain du 11 septembre, le MAECI a créé le Programme d’établissement de rapports sur la sécurité mondiale (PERSM), un cadre spécialisé de présentation de rapports diplomatiques qui vient tout juste de marquer ses 10 ans de réussite. Parallèlement, le Bureau de l’évaluation internationale (BEI) du Bureau du Conseil privé — où bon nombre d’agents dotés d’une solide expérience du MAECI ont travaillé — a mené des recherches spécialisées qui nous donnent une connaissance intime des enjeux mondiaux clés et de leurs intervenants. Cependant, il existe des lacunes sur le plan des connaissances : ni les uns ni les autres ne sont aussi bien compris que les spécialistes de la politique étrangère le voudraient. C’est pourquoi bout s’est adressé à Ken England, directeur du PERSM au MAECI, et à Sarah Taylor, ancienne directrice générale intérimaire du BEI (et aujourd’hui notre chef de mission adjointe à Beijing), pour connaître leurs points de vue. Deux articles, deux organismes distincts et une conclusion : pour obtenir des renseignements précis, il faut évaluer de perspectives différentes les questions de sécurité et les questions diplomatiques afférentes…ou, pour reprendre les mots de Ken England et Micheal Kovrig, la « réalité de terrain » est cruciale pour la diplomatie contemporaine. Enfin, mais non le moindre : les deux organismes offrent une expérience professionnelle précieuse à ceux et celles qui adorent les défis.

In the early morning of July 17, 2009, two luxury hotels in Jakarta suffered devastating suicide bomb attacks, which claimed the lives of nine people and injured another 50, including two Canadians. In the immediate aftermath, Phil Cordier, a senior foreign service officer stationed at the Canadian embassy there, rushed to the scene, and later called on his broad network of contacts for information that he fed back to Ottawa throughout the day.

Phil’s reporting during the ensuing local investigation drew extensively on his conversations with bombing victims and interactions with the Indonesian police, the RCMP and other law enforcement agencies, all in an effort to help paint a holistic picture of developments on the ground. Recalling the experience later, Phil noted: “I have never been so engaged in my work as at that time — everything just snapped into focus. I can’t think of another instance where I have felt so useful in my work, watching a real-life drama all around me, and being a part of it. It was intense, but extremely rewarding.”

GSRP& Phil Cordier with Solo City Police Chief and staff during a reporting trip to Central Java.
GSRP& Phil Cordier with Solo City Police Chief and staff during a reporting trip to Central Java.

Phil considers the 2009 bombings to be one remarkable experience among many that he has encountered during a posting to Indonesia that has had him travel from one end of the beautiful archipelago to the other — to Aceh, to Kalimantan (Borneo, to us in the West), and to remote valleys in Papua.

His posting has exposed him to parts of the country that most foreigners never see, and to contacts outside the “normal” diplomatic circuit, including local figures in former conflict areas such as Ambon and Poso, in the heartland of Java, and across the hustle-and-bustle of Jakarta itself.

Phil says his is a “fascinating job that involves considerable day-to-day independence” while an integral part of the embassy’s political section.

While many foreign service officers will eventually come face-to-face with crisis situations over the course of their careers, Phil is perhaps more likely than most to encounter these with greater regularity, given his current participation in DFAIT’s Global Security Reporting Program (GSRP).

Indeed, as one of the department’s current roster of 24 GSRP officers deployed abroad, Phil’s “bread and butter” is to gauge, analyze and report back on security and stability trends in Indonesia that could affect the safety of Canadians, government policies and programs, or other Canadian interests.

Au commencement…

Pour comprendre la genèse de ce programme novateur du MAECTI, on pourrait établir un lien direct entre le travail de Phil à la suite des attentats à la bombe de Djakarta en 2009 et les attaques du 11 septembre. En fait, tous les agents du Programme de rapports sur la sécurité mondiale (PERSM) peuvent faire remonter leurs racines directement aux événements de ce jour fatidique qui, en plus d’avoir coûté la vie à 24 Canadiens La capitaine Sarah Heer, de l’EICC, et Rachna Mishra, du PPRD, durant l’intervention du gouvernement du Canada après le tremblement de terre en Haiti, en 2010.

innocents, a déclenché une période d’introspection sur la meilleure façon de repenser le dispositif de sécurité nationale et de politique étrangère pour apporter une réponse plus effective aux menaces du XXI siècle.

La contribution traditionnelle du MAECI dans ce domaine — les comptes rendus diplomatiques — avait graduellement été soumise à des pressions avec le temps en raison des demandes croissantes et conflictuelles auxquelles devaient faire face les agents politiques à l’étranger. L’effet net a été que nos diplomates avaient de moins en moins le temps de s’éloigner de leur bureau pour développer une expertise sur leurs pays d’accréditation.

Les attaques du 11 septembre ont catalysé la reconnaissance, déjà croissante, du fait que, dans un monde de plus en plus réseauté, les menaces contre les Canadiens et les intérêts du Canada à l’étranger pouvaient venir non seulement d’acteurs étatiques, mais être le résultat de facteurs complexes comme une gouvernance faible ou corrompue, les inégalités, l’insécurité, les abus des droits de la personne, le terrorisme, l’extrémisme ou le crime organisé transnational. Être à l’écoute des vues des élites politiques dans les capitales n’était plus suffisant pour comprendre le monde du XXI° siècle.

En même temps, de nombreux médias au Canada, au R.-U. et aux É.-U. diminuaient leur couverture internationale et fermaient des bureaux à l’étranger, réduisant la quantité d’information disponible et, par ricochet, la qualité de cette information, en particulier sur les régions éloignées ou moins développées du globe. L’Internet, bien qu’il constitue un canal d’information (souvent hautement biaisée ou inexacte) sans précédent, ne pouvait pas équivaloir a la présence de Canadiens à l’étranger, l’établissement de relations et l’acquisition de connaissances pour permettre d’évaluer les développements dans leurs contextes social, politique et culturel distincts.

Pour que le gouvernement canadien puisse formuler des réponses de politiques aux aspects plus sombres de la mondialisation, il avait besoin d’une capacité de rendre compte qui aiderait a éclairer les décisions de politiques.

Au bout du compte, les préoccupations accrues en matière de sécurité de l’après-11 septembre ont entraîné l’octroi d’argent neuf à Ottawa et, sous l’effet d’un lobbying considérable des hauts fonctionnaires du MAECI, ont aidé a donner naissance au PERSM. Avec le temps, et grâce à des améliorations continues, le Programme a renouvelé la capacité du Ministère de produire des comptes rendus diplomatiques spécialisés, quoique avec un net accent sur la sécurité.

The mandate…

According to Dan Livermore, DFAIT’s Director General for Security and Intelligence at the time, the primary mission of this new cadre of GSRP officers, would be to uncover “the ground truth” in their territories, “conveyed in local languages by informed, ordinary people with a sense of what actually is going on.”

To accomplish this, GSRP officers would generally eschew the traditional diplomatic circuit in favour of building relationships with “atypical” local personalities with insider knowledge of local or regional developments and trends that might have security implications for Canada and its allies. The challenges might be new, but the principle would be time-honoured: to really know and understand a land and its people from first-hand experience. As Alex Bilodeau, currently serving as DFAIT’s GSRP officer in Tunis, puts it:

La capitaine Sarah Heer, de l’EICC, et Rachna Mishra, du PPRD, durant l’intervention du gouvernement du Canada après le tremblement de terre en Haïti, en 2010.
La capitaine Sarah Heer, de l’EICC, et Rachna Mishra, du PPRD, durant l’intervention du gouvernement du Canada après le tremblement de terre en Haïti, en 2010.

“A good GSRP officer, in my view, has to like people and be willing to invest himself personally in these relationships. This is the key to breaking down barriers, notably in my region. Sharing meals, stories about family and personal experiences becomes an important part of the job.”

In other words, by using traditional diplomatic methods, GSRP officers would devote the bulk of their time and energy to developing their local networks and, through them, would keep their fingers on the pulse of security and stability dynamics on the ground. They would do so as declared diplomats, operating in full compliance with the Vienna Convention on Diplomatic Relations.

This would give Canada additional “eyes and ears” on the ground to provide nuance, context and insights on the drivers of potential or actual threats. And, while DFAIT would manage it, the program would be a “whole-of-government” resource that would help serve the information needs of all relevant stakeholders back home.

To make all of this work, particularly in places that really mattered to Canada but where good information was hard to come by, GSRP officers would be given a considerable degree of operational autonomy while at post and the resources necessary to remain mobile. Regular travel outside capitals would be the rule, rather than the exception. And most important of all: they would have the capacity and direction to produce reports, and lots of them.

Dès le début, les agents du PERSM ont été recrutés dans la filière politique/ économique du service extérieur du MAECI, principalement des agents en début ou en milieu de carrière avec une expérience antérieure à l’étranger ou à l’international qui étaient ouverts à cette approche de « retour à l’essentiel », en matière de comptes rendus politiques.

Si l’application de ces critères a permis a elle seule de disposer d’un réservoir de talents riche et diversifié, un effort concerté a été fait dès l’abord pour sélectionner des personnes présentant des compétences et des attributs spécifiques jugés complémentaires du point de vue du travail du PERSM.

Parmi ces attributs, des compétences affirmées en rédaction et la maîtrise d’une troisième langue étaient des atouts évidents. Mais le Programme avait également besoin de personnes aventureuses (sans être téméraires), d’une curiosité d’esprit innée et à la personnalité légèrement extrovertie naturellement « branchée » sur l’interaction sociale, et facilement capables de composer avec les incertitudes et les difficultés qui accompagnent la vie et le travail dans des environnements difficiles. Après avoir franchi avec succès un processus d’entrevue spécifiquement adapté en vue de l’évaluation de ces capacités, et avoir acquis les niveaux de compétence linguistique requis pour leurs affectations à venir, les recrues devaient également suivre un programme de formation intensif les préparant à leur type unique de travail sur le terrain.

Le profil polyvalent du PERSM et la formation dispensée n’ont pas seulement créé une capacité d’établissement de rapports de grande valeur, rentable et spécialisée dans les missions, mais aussi amélioré la « capacité de pointe » du MAECI quand il s’agit de déployer des agents dans des situations de crise à priorité élevée.

Une claire démonstration en a été faite en janvier 2010 à la suite d’un tremblement de terre massif en Haïti, qui, en moins de 30 secondes, a réduit en débris de grandes parties du pays. L’agent du PERSM Rachna Mishra, en poste à Port-au-Prince depuis l’été précédent, se rappelle une scène de chaos avec l’effondrement de bâtiments majeurs, comme le Palais national et le siège de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), entraînant des dizaines de morts. La nouvelle que 5 000 criminels endurcis s’étaient échappés du pénitencier national et sillonnaient la ville ne faisait qu’ajouter au trouble.

Mais l’épreuve sur le plan personnel a été encore plus difficile à assumer avec la découverte plus tard que nombre des employés locaux que le personnel de l’ambassade avait connus et côtoyés depuis des années étaient morts.

Si elle se souviendra toujours du tremblement de terre et de ses suites, Rachna se rappelle également la clarté des objectifs qui se sont imposés alors qu’elle et d’autres à l’ambassade et à l’Administration centrale du MAECI ont évalué comment déployer au mieux des ressources limitées pour aider aux efforts déployés par Haïti.

Il est rapidement devenu manifeste que le Programme pouvait être appelé en renfort et, dans les jours qui ont suivi, les agents du PERSM qui avaient déjà servi en Haïti ont été dépêches à Port-au- Prince pour aider à rétablir les réseaux de l’ambassade, à recueillir de l’information et à faire rapport à Ottawa sur l’évolution de la situation de sécurité, politique et humanitaire. Ces agents, qui maîtrisaient le créole et le français, et étaient habitués à l’environnement de travail haïtien, ont été intégrés sans difficulté aux opérations de secours sur le terrain, fournissant un soutien à l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe (EICC) du Canada et travaillant avec leurs collègues de l’ambassade à évacuer les quelque 5 000 ressortissants canadiens en Haïti qui demandaient l’assistance du Canada.

Alexandre Bilodeau with son, Lennon, in Ramallah on Palestinian Nakba (Catastrophe) Day.

Alexandre Bilodeau with son, Lennon, in Ramallah on Palestinian Nakba (Catastrophe) Day.
Alexandre Bilodeau with son, Lennon, in Ramallah on Palestinian Nakba (Catastrophe) Day.

Malgré les nombreuses difficultés auxquelles elle a fait face pendant son affectation, Rachna demeure l’un des plus ardents partisans du Programme. Réfléchissant à son expérience à titre d’agent du PERSM jusqu’à maintenant, elle note : « Dans l’ensemble, pouvoir travailler avec une équipe aussi capable et unie a rendu la tâche agréable dans les pires et les meilleures des circonstances.

GSRP of today…

After roughly 10 years of existence, the GSRP has grown from a handful of recruits to more than two dozen who collectively cover over 40 countries. The program has also seen commensurate growth in its reporting output from the roughly 100 stand-alone reports in 2002, to over 1,200 logged in 2011. By design, the program has adjusted to evolving geopolitical realities and Government of Canada priorities over time, adding new positions and reallocating others in response to needs.

Of course, a reporting program is only useful if reports are actually being read. By this measure, the program has been extremely successful, with an ever-expanding readership and overwhelmingly favourable feedback.

Another important measure of a program’s success is the level of job satisfaction felt by the people in it and how sought after they are for follow-on assignments. Here again, the GSRP can stand tall, as evidenced by the large number of officers who choose to remain in the program for multiple assignments. Part of the allure relates back to the work package itself, with its emphasis on relationship building, exposure to interesting locales and mix of stimulating issues. But, for those who have gone through the program before, there is also a sense of camaraderie that comes with working with a small, close-knit network of colleagues who have not only trained together, but continue to collaborate closely once in the field.

For Alex Bilodeau, who served previously as a GSRP officer in Ramallah, this is a key selling point. As he describes it, his GSRP experience has been enriched by working with a very close group of GSRP peers who regularly share best practices and analysis. As far as he’s concerned, there is no better work to be had anywhere in the department.

“Including my years in language training, I have been with the program for five years now. I’ve seen it grow and refine itself, and become more and more appreciated by the Government of Canada.”

Ten years on, the GSRP appears to be in solid shape and well-poised to meet the challenges of tomorrow.

Ken England is Head, Global Security Reporting Program (GSRP), DFAIT!

Michael Kovrig est Chargé de dossier principal, Programme de rapports sur la

sécurité mondiale (PERSM), MAECI.

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Originally published in bout de papier, Vol. 26, No. 3 (2012) — Spring 2012 // Printemps 2012, pp. 21–25. Read the rest of this issue →

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