bout de papier, Vol. 17, No. 2 (2000) — Summer 2000 // Été 2000, p. 43
Claude Châtillon a servi le Canada avec distinction à titre tant de soldat que de diplomate.
Franco-Ontarien d’origine, il a grandi à Ottawa, fier de son patrimoine linguistique et culturel. Après sa graduation de l’Université d’Ottawa en 1941 et un bref passage au journal Le Droit à titre de journaliste, Claude est allé à la guerre comme lieutenant dans le Royal 22e Régiment (le célèbre Van Doos) et a éventuellement participé à les batailles pour libérer l’Italie des Allemands. Il a consigné ses mémoires de guerre, notamment la bataille décisive pour Casa Berardi, dans son livre Carnets de guerre publié en 1987 et fondé sur le journal qu’il a tenu tout au cours de son service militaire. Dans le documentaire No Price Too High télévisé il y a quelques années, chronique du rôle des Canadiens lors de la Seconde Guerre mondiale, on a mis un accent particulier sur son rôle dans certains des épisodes décrits dans son livre.
Après la guerre, il a été recruté aux Affaires extérieures en 1945 et est ainsi devenu membre de l’éminent groupe d’agents FS de l’après-guerre qui devaient être les artisans de ce qui devait être qualifié d’âge d’or de la diplomatie canadienne. Durant plus de 30 ans, il a représenté le Canada avec beaucoup de dynamisme et d’efficacité dans le cadre de sept missions à l’étranger : New York, Nouvelle Delhi, Paris, Seattle, Boston et Madrid. En 1975, il est devenu ambassadeur au Cameroun avec accréditation simultanée pour la République de l’Afrique Centrale, le Tchad et le Gabon. Il devait prendre sa retraite en 1978.
Nous avons été des collègues de Claude pendant un cours d’une durée d’un an au Collège de la Défense nationale, en 1956-1957, et notre souvenir de lui reste rempli d’affection et d’estime. Les participants au cours l’appelaient le «sénateur» Châtillon, titre que lui avait conféré notre collègue de la Marine américaine, sans doute parce que la politesse formelle de Claude — jumelée au feutre et au nœud papillon qu’il portait habituellement lors de nos voyages à l’étranger — lui rappelait le Sud d’antan. Le comportement de Claude n’avait rien de militaire, et ceux qui n’ont connu de lui que le diplomate pourraient éprouver de la difficulté à concilier cela avec ses exploits en temps de guerre. Toutefois, les colonels et les brigadiers du Collège qui savaient reconnaître un bon soldat quand ils en voyaient un le tenaient en grande estime.
Nous avons aussi constaté qu’il était animé d’une très vive curiosité intellectuelle et qu’il tenait toujours à connaître le pourquoi et le comment des choses faisant l’objet de discussion. Il avait le don de déceler rapidement la prétention et l’obscurantisme. Le rang l’impressionnait peu, et nous savourons encore le souvenir de ses commentaires acidulés lorsqu’il arrivait aux «élites» qui nous enseignaient au Collège ou qui nous breffaient lors de nos voyages de faillir à sa rigoureuse norme d’honnêteté intellectuelle et de franchise.
Claude débordait de cette rare qualité qu’on appelle l’empathie. Ses collègues qui ont servi avec lui à Ottawa et à l’étranger n’oublieront pas, non plus, son intégrité, son zèle, son sens de l’humour et sa politesse à toute épreuve. Claude et sa charmante épouse Simone constituaient une véritable équipe pour le Canada, dans leurs missions à l’étranger. Ils ont eu trois enfants, qui ont tous connu de remarquables carrières.
Officier et gentleman, Claude est décédé à Montréal en décembre 1998.
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