bout de papier, Vol. 24, No. 1 (2008) — Fall/Winter 2008 // Automne/Hiver 2008, pp. 20–21

Éloge funèbre présenté par Raymond Chrétien à l’église St-Viateur d’Outremont, le 18 octobre 2008.

On ne saurait terminer ce service funéraire sans rendre un dernier hommage à notre collègue et ami, Jacques Simard.

J’ai rencontré Jacques pour la première fois lors de son entrée au ministère des Affaires extérieures en 1967. Il fréquentait déjà Lise à l’époque. Puis, vers les années 70, nos chemins se sont séparés, les affectations à l’étranger nous conduisant vers des parties différentes du monde. Dans le cas de Jacques et de Lise, ce furent les affectations d’abord à Kuala Lumpur en Malaisie, puis à l’École nationale d’administration à Paris, dont il obtint d’ailleurs un diplôme. Jacques eut ensuite une brève affectation à Beyrouth, au Liban, pendant l’horrible guerre civile libanaise. Jacques et Lise ont vécu ensuite cinq très belles années à Genève, où Jacques travaillait à la mission du Canada auprès des Nations Unies.

C’est en 1981 que nous nous sommes retrouvés. Nous habitions le même quartier, « Guildwood Estates ». Pendant quelques années, nous avons fait du covoiturage de nos résidences vers l’édifice Pearson en nous arrêtant au Lycée Claudel où nous déposions nos enfants qui fréquentaient cet établissement. C’est vraiment à ce moment là que j’ai appris à bien connaître Jacques.

Pendant toutes ces années, Jacques, le diplomate, se préparait à assumer le rôle prestigieux d’ambassadeur du Canada. Il eut ainsi l’honneur de représenter, à ce titre, notre pays en Roumanie, en Égypte et en Tunisie.

À la centrale, Jacques s’occupa pendant plusieurs années des questions reliées à la sécurité et l’intelligence. Un secteur d’activités un peu à l’écart à cause de son caractère secret, mais propice au développement d’une vision globale des enjeux de notre planète. Jacques avait cette envergure et il était donc, par conséquent, toujours remarquablement bien informé. Ce qui d’ailleurs le servit très bien quand il devint de 1988 à 1990 commandant adjoint du Collège national de la défense à Kingston.

Ce qui m’amène à vous parler maintenant de Jacques, l’intellectuel, l’homme de culture. Jacques était un passionné de lecture. Il lisait beaucoup, mais il était très éclectique dans le choix de ses livres. Nous nous sommes très souvent échangé des livres. Deux semaines avant son décès, alors que tous les quatre, Jacques et Lise, Kay et moi, étions au restaurant, Jacques nous mentionna les livres qu’il était en train de lire : le premier, les œuvres de Saint-Simon, écrivain d’hier et d’aujourd’hui; puis, le deuxième, de la collection « La Pléiade », qu’il possédait au complet, intitulé Jünger, journaux de guerre 1939-1948.

Jacques non seulement lisait beaucoup, mais il assimilait ce qu’il lisait. J’ai rarement rencontré quelqu’un qui pouvait citer aussi facilement les grands écrivains français, anglais ou américains. En plus de la lecture, Jacques toute sa vie a visité musées, galeries d’art, bibliothèques. Il s’y connaissait en peinture, opéra, musique classique. Il aimait beaucoup cette merveilleuse ville qu’est Paris où Lise et lui ont souvent séjourné à notre résidence.

Quelques mots maintenant sur Jacques, l’épicurien. S’il était très cultivé, Jacques était aussi un bon vivant. Il aimait bien manger et bien boire. Il choisissait avec soin les restaurants qu’il fréquentait. Il aimait aussi le sport, notamment le tennis, la chasse et la natation qu’il a pratiqués jusqu’à peu de temps avant son décès.

Quelques commentaires également sur Jacques, l’homme de famille.

Pour ses deux fils, Philippe et Marc, Jacques a été un bon père, un bon guide. Il a toujours été près d’eux. Dans l’intimité, ils l’appelaient « coco ».

Il a eu la chance d’être merveilleusement et constamment appuyé par son épouse Lise. Compagne de tous les moments, faciles et difficiles, la vie de Jacques, à la fois comme diplomate et père de famille, n’aurait pas été la même sans l’appui indéfectible de Lise. Jacques et Lise étaient très complémentaires l’un de l’autre.

Et finalement, quelques mots sur Jacques le stoïque, le courageux.

Atteint de la terrible maladie de Parkinson depuis plusieurs années, Jacques a été très courageux, très stoïque. Il ne s’est jamais plaint de sa maladie. Il acceptait son sort. Il m’a avoué avoir eu des moments de découragement, d’angoisse même face a la mort. Mais il a toujours gardé le goût de vivre et de vivre pleinement.

Malheureusement, la Grande Faucheuse l’a terrassé, tôt, trop tôt.

Jacques, c’est à toi que je m’adresse maintenant, où que tu sois. Tu as eu une belle vie : intéressante, productive, très bien remplie. Tu peux te reposer maintenant. Tu nous manqueras beaucoup!

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Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 24, No. 1 (2008) — Fall/Winter 2008 // Automne/Hiver 2008, pp. 20–21. Lire le reste de ce numéro →

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