bout de papier, Vol. 29, No. 2 (2016), pp. 4–6

the earthquake, we asked her to describe the

On attend avec impatience de finalement se diriger vers Himalaya, d’admirer ces sommets dont on nous parle depuis notre enfance, d’affronter les intempéries et d’être récompensés par des vues imprenables. Qui aurait pu prévoir que quelques jours après notre retour de voyage, cette région allait subir le pire séisme qu’elle ait connu depuis 80 ans. Alors qu’on me demande un témoignage de mon expérience au Népal quelques jours avant le tremblement de terre, j’espère en retour donner un visage, une personnalité, un nom à ces lieux et à ces habitants croisés en cours de route.

Jour un. On aperçoit Kaji pour la première fois en sortant de notre hôtel à Katmandou. Il se tient à l’extérieur du véhicule qui nous transportera vers Syabru Bensi, à sept heures de route au nord de la capitale népalaise. Il regarde avec un œil

Qui aurait pu prévoir que quelques jours après notre retour de voyage, cette région allait subir

le pire séisme qu’elle ait connu depuis 80 ans?

douteux, le sourire au coin des lèvres, les sacs qu’il devra porter pendant les prochains 12 jours. « Un porteur, deux sacs, mesdames! » Melissa et moi comprenons vite qu’il faut laisser des choses en consigne à l’hôtel. Il parle peu, mais son sourire, son calme et son visage marqué par le temps suggèrent qu’il n’en est pas à sa première randonnée. Il est de descendance Sherpa et nous le fait savoir fièrement.

Direction Parc National de Langtang, près de la frontière tibétaine. On ne peut accéder à la vallée qu’à pied. La plupart des habitants sont bouddhistes, d’origine tibétaine. Cette région du Népal reste moins fréquentée que celles des Annapurnas ou de l’Everest. On y traverse des villages sherpas et bouddhistes, les lacs sacrés de Gosaindkund (qui étaient complètement gelés début avril…) et les douces collines de Helambu. La nuit avant notre premier jour de randonnée, en discutant avec d’autres guides à Syabru Bensi, l’un d’eux nous regarde bizarrement quand on lui annonce qu’on traversera Laurebina Pass (4 610m) dans quelques jours : « Vous savez qu’il y a au moins un mètre de neige là-haut? Pas certain que ce soit passable… » On nous prévient que l’hiver a été particulièrement dur et que toute cette neige au mois d’avril, a cette altitude, est hors de l’ordinaire. Les changements climatiques ont un impact sur les saisons traditionnellement plus convoitées pour la randonnée au Népal. Kaji, lui, ne semble pas inquiet pour autant. Toujours prêt à affronter la montagne, il est de ceux qui surmontent les défis lorsqu’ils se présentent devant lui. La nature a ses raisons, et il sait très bien les respecter.

Le parcours nous fera traverser quelque 10 villages en 12 jours. À chaque pas, on adopte progressivement le rythme de la vie locale. Les vues sont propices à la réflexion personnelle. Le village de Langtang (3 200m) nous a particulièrement marqué comme l’un des plus vibrants, avec école, clinique médicale, boulangerie et même une salle de billard (amenée par hélicoptère). En somme, le seul vrai village de

Les changements climatiques

ont un impact sur les saisons traditionnellement plus convoitées

pour la randonnée au Népal. Kaji, lui, ne semble pas inquiet pour autant.

la vallée de Langtang. Deux jeunes garçons nous accueillent à la fromagerie du village. Leurs parents sont absents, mais ils sont prêts à nous faire goûter leurs produits, une technique de vente perfectionnée malgré leur jeune âge. Le fromage de yak fondu sur le pain maison est délicieux, surtout après une longue journée de marche. En revenant à notre auberge, on croise une jeune mère allemande qui a clairement le mal aigu des montagnes. Elle peut à peine se déplacer. Son fils nous regarde avec inquiétude. Sans hésitation, Kaji se dirige vers la chambre qu’elle partage avec son fils pour lui donner des conseils. De la soupe à l’ail, de l’eau chaude et du sommeil. Et surtout, redescendre de la montagne dès qu’elle en aura la force. La dame qui est responsable du refuge à Langtang s’assure également de son bien-être. Ils ont clairement l’habitude de s’occuper des randonneurs qui ont sous-estimé les effets de l’altitude.

Quelques jours plus tard, la traversée du Laurebina Pass est particulièrement éprouvante. Le passage est enneigé; une

Ceux qui poursuivent la route ont s’éloigner les uns des autres, comme et la neige. Les pas dans la neige plac sont rapidement emportés par le

traversée de deux heures risque d’en prendre quatre. Alors que la neige tombe sans cesse, les guides se rencontrent en soirée pour évaluer la situation. Plusieurs randonneurs choisissent de faire demi-tour, d’autres restent sur place en espérant que la neige cesse de tomber. Ceux qui poursuivent la route ont comme instruction de ne pas s’éloigner les uns des autres, la visibilité étant réduite par le vent et la neige. Les empreintes des pas dans la neige du randonneur devant de soi sont rapidement effacées par le vent. Il ne faut pas trop tarder. Kaji se retrouve en fin de file; il faut s’assurer d’avoir un contact visuel avec lui en tout temps. Pendant cette traversée, comme tout au long du trajet, sa détermination est inébranlable. Malgré le fait qu’il s’enfonce dans la neige, il refuse de faire demi-tour. Une fois la traversée

réussie, on peut respirer plus aisément.

it comme instructions de ne pas ie la visibilité est pauvre avec le vent icés par le randonneur en face de soi e vent. Il ne faut pas trop tarder.

À l’exception d’une fraction de seconde où Kaji s’immobilise et écoute attentivement. On l’interroge du regard. Sa réponse est brève mais décisive : « avalanche ». Son ouïe est plus aiguisée que la nôtre pour les repérer, même à distance. Inutile d’en discuter davantage, mieux vaut avancer.

Sept jours après notre départ de Katmandou, le 25 avril, la vallée de Langtang a été parmi les endroits les plus affectés par le séisme au Népal. Les médias rapportent que le village montagnard de Langtang, avec ses quelque 150 maisons, 50 refuges et plusieurs centaines d’habitants, a été complètement enseveli sous des coulées de boue et d’avalanches. On peine à croire qu’un village entier ait pu disparaître, rasé de la carte avec ses habitants.

Kaji nous a permis de découvrir son pays par sa force de caractère, son sens de l’humour et son sourire contagieux. Son employeur nous a confirmé par courriel quelques jours après le séisme, que Kaji et tous les employés de leur compagnie étaient sains et saufs. Ils ont évidemment perdu des êtres chers, mais ils n’ont pas hésité à prêter main forte aux efforts de reconstruction de leur pays. La résilience dont font preuve les Népalais dans leur quotidien sera sans doute leur plus grand atout alors qu’ils se relèvent de cette catastrophe.

Dominique Lombard a rejoint le MAECI à titre d’agente de la gestion et des affaires consulaires en 2009. Après un premier poste en Tanzanie, elle est maintenant en affectation au Liban comme responsable de la section consulaire. Elle a complété un baccalauréat en communication (journalisme) à l’Université de Moncton et une maîtrise en géopolitiques-relations internationales à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse.

Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 29, No. 2 (2016), pp. 4–6. Lire le reste de ce numéro →

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