bout de papier, Vol. 9, No. 4 (1992) — Fall 1992 // Automne 1992, pp. 48–50
par André Donneur
Sandino: The Testimony of a Nicaraguan
Patriot, 1921-1934 édité et traduit par
Robert Edgar Conrad, Princeton University
Press, 1990, 517 pp., 55,00 $ relié, 17,95 $
broché.
After the Fire’s Gone Out: The Legacy of
a Revolution par Robert Stone, Prentice-
Hall Canada Inc., 1991, 241 pp., 26,95 $.
Our Man in Panama: The Shrewd Rise
and Brutal Fall of Manuel Noriega par
John Dinges, Random House of Canada Ltd,
413 pp., 17,50 $.
Intervention or Neglect: The United States
and Central American Beyond the 1980s
par Linda Robinson, Council on Foreign
Relations Press, 1991, 176 pp., 14,95 $.
L’Amérique centrale et son prolongement : le Panama a été par excellence une terre d’intervention des Etats-Unis durant ce siècle. Les quatre livres que nous examinons, si différents soient-ils, s’inscrivent dans cette réalité.
Sandino est un recueil de lettres et de proclamations du général Sandino, qui, à la fin des années vingt, chercha à chasser les forces d’intervention américaines et établir la démocratie au Nicaragua. Cette correspondence révèle une personnalité attachante. Ces écrits montrent aussi que la lutte de Sandino avait une portée plus étendue que le seul Nicaragua. C’est à une libération et à une union de l’ensemble de l’Amérique latine qu’il faisait appel. Toujours est-il que son assassinat par le fondateur de la dynastie des Somoza et de la trop fameuse Garde nationale a retardé pour plus de cinquante ans l’établissement de la démocratie au Nicaragua.
After the Fire’s Gone Out est l’oeuvre d’un journaliste canadien. C’est un reportage sur le terrain, très vivant, auquel s’ajoutent des informations qui permettent de suivre le déroulement de la révolution sandiniste et la victoire électorale de Violeta Chamorro et de l’opposition. Une chronologie fort utile, s’étendant de l’arrivée des Indiens en Amérique centrale à nos jours, précède le récit et permet de le situer dans l’histoire de l’Amérique latine.
Our Man in Panama est un long récit, trop détaillé à en être parfois ennuyeux, de la carrière de Manuel Noriega. Ce livre, aux titres de chapitres accrocheurs, est l’oeuvre d’un journaliste qui a enquêté avec soin sur les activités de Noriega. L’auteur constate qu’effectivement Noriega était certainement cruel et a recouru à la répression. Mais il est loin d’avoir utilisé une répression massive comme au Chili, en Argentine, au Guatemala et au Salvador. De plus, s’il a été mêlé au trafic de drogues, c’est dans les années 1980 à 1982, alors qu’il a ensuite coopéré avec les États-Unis à la répression des trafiquants. L’auteur juge « disproportionnée » l’intervention des États-Unis en décembre 1989 par rapport aux méfaits reprochés. En réalité, il faut replacer cette intervention tardive dans le contexte de l’intention annoncée par le président Bush de lutter contre la drogue. Le vent de démocratie, qui soufflait sur le monde en cette fin d’année 1989, fournissait aussi une occasion de renverser le régime autoritaire de Noriega, qui, quelques mois plus tôt, n’avait pas accepté la défaite électorale de ses partisans.
Intervention or Neglect est aussi l’oeuvre d’une journaliste. C’est un ouvrage plus ambitieux que les précédents, car il couvre toute la région. Les divers chapitres sur les cas du Nicaragua, du Salvador et du Panama, permettent d’avoir une vue d’ensemble des événements et constituent une excellente synthèse, qui éclaire la lecture des autres ouvrages. La publication en annexe des accords d’Esquipulas, de Costa del Sol et de Tela entre les présidents de l’Amérique centrale est très utiles. Ces accords sont les fondements du processus qui a conduit à la cessation des hostilités au Nicaragua et au Salvador.
Pour l’auteur, la révolution sandiniste réussit à ses débuts parce qu’elle avait l’appui de larges couches de la société. Mais elle suscita rapidement de l’opposition, avant tout par sa mauvaise gestion de l’économie. Les sandinistes s’aliénèrent de nombreux paysans en ne leur remettant pas les terres expropriées, mais en constituant des fermes d’État avec deux-tiers de celles-ci et des coopératives avec le reste. Le système de planification centralisée contribua à faire chuter la production de 50 %. Ce n’est que tardivement qu’on recourut à la concertation. La centralisation du pouvoir politique entre les mains du directorat sandiniste aliéna les autres dirigeants politiques. Une campagne d’alphabétisation utilisée pour répandre l’idéologie sandiniste, de mauvaises relations avec l’Eglise, la militarisation du pays, la présence de 2 500 à 3 500 conseillers cubains et soviétiques en sécurité et la politique de relocalisation, particulièrement à l’égard des Indiens, suscitèrent une opposition croissante, qu’utilisèrent les Contras.
Mais l’accord d’Esquipulas du 7 août 1987, rédigé par le président Arias du Costa Rica, pava la voie à un règlement négocié. Les sandinistes le signèrent, selon l’auteur, parce que cet accord condamnait la politique des contras et pouvait conduire à des négociations avec Washington. Effectivement, les sandinistes réussirent à conclure un accord de cessez-le-feu avec le contras le 23 mars 1988 et s’engagèrent à tenir des élections sous contrôle international lors de l’accord de Costa del Sol du 14 février 1989. Ils ne s’attendaient pas à perdre ces élections, mais respectèrent leur résultat et cédèrent le pouvoir à Violeta Chamorro.
La situation du Salvador est plus complexe, mais l’auteur en présente clairement les protagonistes. Le premier mouvement de guérilla commença au Salvador en 1969. Il était dirigé contre la dictature militaire du général Carlos Romero, alliée aux grands propriétaires terriens. Celle-ci fut renversée en 1979 par un groupe de militaires réformistes qui formèrent une junte gouvernementale avec les démocrates-chrétiens et les socialistes. Mais l’incapacité des militaires de sévir contre les meurtriers d’extrême-droite du cardinal Oscar Romero provoqua, en 1980, le retrait de la junte des socialistes et démocrates-chrétiens de gauche. Seule la majorité des démocrates-chrétiens, dirigés par Napoleon Duarte, restèrent dans la junte avec les militaires. Les démocrates-chrétiens de gauche et les socialistes, dirigés par Guillermo Ungo, créèrent le Front démocratique révolutionnaire, qui s’allia à la guérilla unie dans le Front Farabundo Marti de libération nationale. En 1984, Duarte fut élu président, mais la guerre civile, qui coûta finalement 75 000 morts, continuait, alors que les États-Unis appuyaient massivement le gouvernement salvadorien. Cependant, l’accord d’Esquipulas et une amélioration des libertés de presse et d’association amenèrent le Front démocratique révolutionnaire à participer aux élections de 1989, sans rompre toutefois son alliance avec la guérilla. Ces élections portèrent au pouvoir le parti de droite ARENA, formé par les grands propriétaires. Pourtant, sous l’influence de l’aile modérée du parti et le jeu de la diplomatie, ce gouvernement négocia avec la guérilla et — récemment et au-delà de la période relatée dans le livre — aboutit à un accord.
Linda Robinson ne partage pas l’opinion de John Dinges sur l’intervention américaine au Panama. Elle estime qu’après deux ans de sanctions économiques infructueuses, George Bush, qui avait fait de la lutte antidrogue le sujet de son premier discours télévisé, n’avait pas d’autre choix qu’une intervention armée.
Dans un dernier chapitre, Linda Robinson recommande aux États-Unis, au nom du Council on Foreign Relations, de rechercher des solutions diplomatiques aux problèmes de sécurité en Amérique centrale, de lutter contre le trafic de la drogue, de soutenir un processus de démilitarisation, d’exiger le respect des droits humains, de réduire les barrières douanières pour les produits d’Amérique centrale et de soutenir un développement fondé sur les besoins essentiels.
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Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 9, No. 4 (1992) — Fall 1992 // Automne 1992, pp. 48–50. Lire le reste de ce numéro →