bout de papier, Vol. 9, No. 4 (1992) — Fall 1992 // Automne 1992, pp. 38–39
par F.X. Ernest Loignon
Êtes-vous bien dans votre peau, cher collègue? Quelle est votre véritable vocation? Découvrez-la à travers le test qui suit. Il a d’abord été conçu par des professionnels de divers rangs diplomatiques dont à l’origine l’ambassadeur portugais, Luis Da Cunha, personnage au pseudonyme opportun, dont la carrière l’aurait amené en poste à Vienne, à participer à la Conférence de Berlin et au traité de Rome. Le texte a été adapté pour tenir compte du nouvel ordre international et de l’encadrement actuel du ministère et des missions. Vos réponses a ces questions démontreront si vous êtes oui ou non un bon représentant canadien à l’étranger.
N’ayez crainte, si vous êtes un véritable diplomate, cochez la réponse qui vous convient, mais surtout ne pensez pas trop, suivez plutôt vos impulsions du for intérieur.
1. Vous êtes ambassadeur dans un pays latino-américain et votre chancellerie est envahie par un commando maoïste qui menace votre personnel et réclame la libération de prisonniers politiques.
Vous résistez par la force avec tout l’héroïsme d’un futur décoré de l’Ordre du Canada;
Vous demandez qu’on apporte une bouteille de « Moët et Chandon » et du caviar que vous distribuez à vos visiteurs et tentez d’expliquer à ces jeunes les vertus de votre option bourgeoise tout en rappelant le triste sort du PLQ; Vous prenez un air humble et tentez de passer pour un employé de l’ambassade.
2. À quelques minutes de l’ouverture d’un banquet officiel offert par le Premier ministre à la Gallérie nationale, le Chef du protocole vous approche et vous demande refaire le plan de table : l’ambassadeur Machin avec le ministre de l’immigration :
a) Vous appelez votre adjoint et lui expliquez qu’il a quatre minutes pour effectuer les changements;
b) Vous fuyez par les escaliers tout en prenant en chemin au bar un verre de scotch avec des glaçons;
c) Vous pensez d’abord à votre avenir, au poste d’Oulan Batar puis, en désespoir de cause, vous optez pour placer l’ambassadeur d’Irak à la place d’honneur.
3. Par une journée ensoleillée, chose rare à Bruxelles, vous êtes sous la charme de votre collègue espagnol(e) qui vous invite à faire une promenade dans les jardins, vous hésitez : ce jour-là le dossier des pêches est à l’ordre du jour de la Commission européenne.
a) Vous pensez aux pauvres petits phoques sur les côtes de Terre-Neuve et les industries alimentaires pour les chats et laissez tomber la réunion;
b) Vous fixez d’un regard déontologique votre collègue et lui expliquez avec un certain mépris qu’il vous importe d’être au-dessus de tout et feignez de voir dans son comportement un petit côté poule mouillée;
Vous endurez quelque temps le bavardage de votre collègue et après une heure, vous vous excusez d’avoir un rendez-vous important.
4. Votre collègue à Bruxelles a planifié, depuis des mois, un magnifique weekend à Paris. Le vendredi, tard dans la journée, au moment où vous vous en attendez le moins, un appel téléphonique de l’aéroport vous apprend qu’un premier ministre provincial et douze députés de la même région maritime entreprennent une visite à la suite de leur campagne européenne sur la surpêche dans l’Atlantique et demandent l’appui de l’ambassade.
a) Vous dites à votre secrétaire de répondre que vous êtes sorti, il y a plus d’une heure et qu’elle ne sait pas si vous serez de retour, b) Vous vous précipitez à l’aéroport : on ne sait jamais, on dit le premier ministre candidat possible au fédéral;
c) Vous réservez votre hôtel, louez une voiture et partez pour Paris. Vous vous assurez à ce que le tout soit facturé à l’ordre de la campagne sur la compétitivité.
5. Le « party » commence à s’animer et vous décidez de prendre l’air nocturne dans le jardin. À votre retour, près d’une haie, l’ambassadrice, votre hôtesse, vous invite d’un air câlin et coupable à participer à des jeux quelque peu fripons.
a) Vous prenez un air scandalisé et grave et alors que l’ambassadrice va son chemin, discrètement, vous allez vous instruire auprès de l’ambassadeur, son mari, sur ce qui distingue la tauromachie portugaise de celle des espagnols; b) Vous baissez la main de l’ambassadrice et alors qu’elle s’apprête à la retirer, vous lui demandez de convier vos salutations distinguées à son mari; Vous vous sentez tout à fait honoré et, tout en lui laissant savoir que son charme ne vous est pas indifférent, vous osez prendre rendez-vous.
6. Vous êtes au Palais des Nations à Genève et alors que vous devez faire une prestation au nom de la délégation canadienne, vous vous rendez compte que le texte du discours que l’on vous a préparé est d’une technicité plate et plutôt raseur.
a) Vous affichez un sourire blême et improvisez sur le sujet tout en rappelant l’essentiel de ce qui a été écrit; Vous regardez le ciel (que dis-je, vous implorez), vous expliquez que le Canada n’a pas encore pris de décision et qu’il serait mal venu de se précipiter alors que toutes les données n’ont pas été suffisamment assemblées et qu’enfin de compte, elles contiennent des implications considérables pour les hommes politiques canadiens;
Vous révélez à l’auditoire que vous avez perdu le texte de votre intervention.
7. Le directeur du personnel vous avise que le ministre lui a demandé de vous dire d’ouvrir une ambassade à Oulan Bator.
a) Vous prenez panique et contactez immédiatement votre ami député et ancien secrétaire parlementaire; Vous vous consolez en pensant qu’il s’agit une des rares capitales que la campagne sur la surpêche ne visitera pas; Vous consultez l’Atlas pour savoir où se trouve Olan Bator.
8. Lors d’une réunion informelle vous rencontrez un ministre du gouvernement du pays où vous êtes en poste et, durant la soirée, ce dernier fatigué et excité vous fait des confidences scandaleuses sur le comportement de ses collègues et les dissidences internes au sein du gouvernement.
Vous vous précipitez pour transmettre les paroles du ministre à Ottawa, en vous assurant de bien identifier la source et l’accès que procure son poste; Vous vous confiez à vos collègues de l’ambassade tout en relatant le comportement désastreux du ministre; c) Éventuellement vous rapportez les informations mais en prenant bien soin de ne pas en citer l’origine.
9. À la veille de la visite du ministre et président du Conseil du Trésor, la voiture officielle du Chef de mission qui avait été réservée, une Volvo 740, est en panne et vous n’êtes pas autorisé à en louer une nouvelle.
Vous demandez au ministre s’il ne pourrait pas renter en ville de lui-même dans un taxi; b) Vous demandez les services d’accueil de l’aéroport de bien s’occuper de votre ministre;
c) Vous allez le prendre vous-mêmes avec votre voiture personnelle, une 4×4 de marque russe.
10. Vous êtes en train de prendre vos dernières vacances et sur le point de terminer votre affectation lorsque la crise du Golfe se déclare à nouveau dans toute son ampleur.
Vous vous hâtez à partir avant que le ministre ne vous en empêche;
Vous changez votre itinéraire pour les îles Baléares ou on ne risque pas de vous y trouver;
Vous demandez à votre famille de vous envoyer une caisse de sirop d’érable et de CC, car il vous faudra bien recevoir les visiteurs en mal de connaître nos casques bleus à l’oeuvre.
Résultats
Bien entendu les réponses sont : 1b); la); 3c); 4c); 5b); бc); 7b); 8c); 9c); 10c). Tout le reste, c’est de la frime.
À l’origine les concepteurs de ce test suggéraient que chaque réponse devait mériter un point. Mais on pourrait enlever…
• deux points — pour ceux qui ont un appétit pour les décorations;
• deux à quatre points — pour ceux qui croient que leur contribution est sûrement intelligente, éculée et sera considérée comme telle, c’est-à-dire intéressée;
• cinq à sept points — pour ceux qui oublient trop souvent que tout est dans la manière : il faut être calme et avoir du jugement. Mais qui sait à quoi mène d’être agréable en pleine brousse africaine ou en plein salon des délégués aux Nations Unies. Trêve de plaisanteries, les qualités d’un diplomate idéal, selon Sir Harold Nicolson, sont la justesse du propos, le tempérament calme et patient, la modestie et la loyauté. Mais certains objecterons qu’il y a aussi l’intelligence, la connaissance, le discernement, la prudence, l’accueil, le charme, la courtoisie, le courage et le tact. Ces qualités, se plaisait à rappeler notre digne vieillard, n’ont pas été délaissées, elles sont prises pour acquises.
Voir les pages numérisées d’origine →
Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 9, No. 4 (1992) — Fall 1992 // Automne 1992, pp. 38–39. Lire le reste de ce numéro →