bout de papier, Vol. 9, No. 1 (1992) — Winter 1992 // Hiver 1992, p. 47

Une diplomatie de l’espoir. Le Canada et
le désarmement 1945-1988, par Albert
Legault et Michel Fortmann, Québec, Les
Presses de l’Université Laval et le Centre
québécois de relations internationales, 1989,
643 pages. (It is also available in English
from the McGill-Queen’s University Press.)

Il faut féliciter Albert Legault et Michel Fortmann pour la somme de travail qu’ils ont fournie dans la préparation de ce volumineux ouvrage. Une diplomatie de l’espoir est, en effet, comme son titre l’indique, une étude complète de la politique canadienne vis-à-vis du désarmement de 1945 à 1988. Mais cet ouvrage est davantage encore : il nous renseigne sur l’ensemble des efforts en faveur du désarmement depuis 1945.

Divisé en treize chapitres et une conclusion, il relate comment les diplomates canadiens que les auteurs comparent à des abeilles et les stratèges, comparés à des fourmis, oeuvrent pour élaborer et négocier des mesures de désarmement. Leur action est évidemment fonction de la conjoncture internationale et de l’harmonisation complexe d’une ligne de conduite entre alliés. Ce qui ressort de cette analyse, c’est la continuité de la politique canadienne vis-à-vis du désarmement. Empruntant à la fois à l’école de la paix par la force et à l’école de la paix par le droit, la politique canadienne connaît des oscillations. Mais elle reste fidèle à l’idée que c’est au sein de son alliance militaire qu’elle peut le mieux oeuvrer. Elle fait aussi preuve de constance, suivant inconsciemment l’adage de Richelieu, cité par les auteurs : « Négocier sans cesse, ouvertement et secrètement, en tous lieux… est chose de toute nécessité pour le bien des États ».

Que reprocher à cet ouvrage bien écrit et qui se lit donc facilement malgré l’usage nécessaire de nombreux termes techniques? Peut-être son manque de substrat théorique. L’intérêt du lecteur gagnerait à être soutenu par une trame théorique. Le chapitre premier Campant les abeilles-diplomates et les fourmis-stratèges paraissait indiquer que l’ouvrage serait construit sur l’opposition de ces deux types d’acteurs. Mais tel n’est pas le cas. En fait, il décrit d’une manière minutieuse les différentes péripéties des négociations du désarmement, passant successivement les étapes de la Commission de l’énergie atomique, de la Commission du désarmement et de son sous-comité des cinq, du Comité des dix puissances, du Comité des dix-huit puissances, des négociations ASAT (1978-1985), des MBFR, de la CSCE et de la Conférence de Stockholm. Et nous voyons le Canada oeuvrer au sein de ces négociations.

Le manque de trame théorique aurait pu être suppléé par une conclusion bien étoffée. Mais la conclusion, fort ramassée, nous laisse sur notre faim. Après nous avoir livré « tout le matériel nécessaire à la compréhension du désarmement de l’arms Control », les auteurs, trop modestes, nous laissent conclure à leur place. Essayons-le donc! Ce qui nous frappe, dans cette longue quête du contrôle des armements, c’est le rôle décisif des deux superpuissances. Quand une négociation achoppe — comme c’est le cas par exemple durant la Conférence de Stockholm —les États-Unis et l’URSS se réunissent seuls et arrivent finalement à un accord que l’ensemble des États n’aura qu’à entériner. Certes, les alliés et les non-alignés jouent un rôle d’intermédiaire, d’émousseurs des angles trop aigus, mais l’essentiel de la décision repose entre les mains des deux supergrands. C’est donc dire que le rôle du Canada est modeste. « La diplomatie de l’espoir » est celui que les États-Unis et l’URSS s’entendent. Et cette entente est plus marquée dans la deuxième partie des années quatre-vingt grâce à l’avènement de Gorbatchev. Comme le dit Arbatov, cité par les auteurs : « Nous allons vous faire quelque chose d’affreux, messieurs les Américains. Nous allons vous priver d’un ennemi ». C’est bien ce qu’a accompli Gorbatchev : la fin de l’antagonisme Est- Ouest. Il est alors facile de désarmer et « le système de la CSCE… constitue l’embryon d’un véritable régime de sécurité européen ».

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Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 9, No. 1 (1992) — Winter 1992 // Hiver 1992, p. 47. Lire le reste de ce numéro →

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