bout de papier, Vol. 7, No. 1 (1989), p. 31

Né à Rimouski (Québec) en 1947, Jacques Gaudreau s’est joint aux Affaires extérieures en 1971, peu de temps après avoir obtenu son diplôme en droit de l’Université Laval. Il servit à Paris, Dhaka, Genève et à la mission permanente à New York. A l’administration centrale, il travailla au bureau des Nations Unies et à la direction des Opérations juridiques. Il est décédé à Ottawa le 8 avril 1989 suite à une longue maladie.
Au cours de ses affectations à Genève et à New York, et en tant que membre de délégations canadiennes à de nombreuses sessions de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, Jacques Gaudreau est devenu un expert reconnu dans le domaine du droit international de la personne. Afin de rendre hommage à ses intérêts professionnels et à son expertise, ses amis et collègues ont établi, de concert avec la faculté de droit de l’Université d’Ottawa, un Prix commémoratif Jacques Gaudreau dans le domaine du droit international de la personne, qui sera remis annuellement à des étudiants se distinguant dans ce domaine d’étude. La dotation de ce prix est assurée par la direction des Droits de la personne et des affaires sociales du Ministère des Affaires extérieures, qui rassemblera les dons et sera chargée de la remise de reçus pour fins d’impôt aux donateurs.
Les funérailles de Jacques Gaudreau ont eu lieu le 10 avril à la Basilique d’Ottawa. M. Yvon Beaulne, ancien ambassadeur du Canada auprès des Nations Unies à New York et longtemps représentant du Canada à la Commission des Droits de la personne de l’ONU prononça l’éloge. Voici le texte des remarques de M. Beaulne.
C’est un hommage personnel que je rends ce matin à mon ami Jacques Gaudreau. J’ose croire que ceux qui m’entendent y trouveront un écho de leurs propres sentiments à l’égard du fils, du frère, du parent, du camarade, du collègue, du compagnon de route qui vient de nous quitter au seuil de l’âge mur
J’ai fait sa connaissance il y a une vingtaine d’années. Nouveau venu dans la carrière diplomatique, il était venu prêter main forte à l’équipe que je dirigeais à New-York en tant que représentant permanent du Canada à l’Organisation des Nations Unies. Je me suis rendu compte qu’il était fait pour ce métier.
Contrairement à une opinion aussi répandue que mal fondée, les diplomates ne sont pas nécessairement des simulateurs ni des dissimulateurs. S’ils prêtent le fanc à la calomnie, c’est peut-être à cause de la discrétion dont ils s’entourent. Pourtant, il saute aux yeux que leur maître atout, c’est une parfaite intégrité. S’ils n’inspirent pas confiance à leurs interlocuteurs, comment pourraient-ils parvenir avec eux à des accords durables? Pour les avoir fréquentés durant plusieurs décennies, je les tiens pour hommes et femmes de parole et de dialogue.
À cet égard, Jacques Gaudreau était un modèle de probité et de loyauté, un diplomate exemplaire servi dans le domaine international où s’est exercée son action par de remarquables qualités d’esprit et de coeur. À la rigueur intellectuelle de l’homme de loi, il alliait la souplesse requise pour éviter les traquenards de la procédure. Au moment décisif d’une négociation il m’a suggéré à l’occasion une solution heureuse qui débloquait l’impasse. Il saisissait d’un coup d’oeil l’ensemble d’une situation et sa vive intelligence allait droit au coeur des difficultés. Il était plein de ressources et inventait des moyens inusités de régler des différends. C’est lui, par exemple, qui a mis au point une stratégie dont s’est servie la Commission des Droits de l’Homme pour venir en aide à des Etats africains ravagés par des dictateurs militaires, comme l’Ouganda, la République Centre-Africaine et la Guinée équatoriale, en leur procurant des secours non seulement d’ordre matériel mais aussi d’ordre éducatif et juridique. Quelques-unes de ces innovations ont modifié le rôle de l’ONU et de ses institutions spécialisées en les incitant à sortir des sentiers battus pour appuyer de façon efficace et multiforme les efforts déployés par des gouvernements démunis pour reconstruire des pays ruinés.
J’ai également admiré, chez Jacques Gaudreau, les dons du coeur qui le portaient naturellement vers les faibles et les opprimés. Il était surtout généreux, ne comptant jamais sont temps ni ses peines pour répondre aux voeux de ceux qui avaient recours à lui. C’était un hôte chaleureux, attentif et prévenant chez qui il faisait bon se trouver.
Il n’était ni égoïste ni mesquin. Il se donnait avec enthousiasme à toutes les tâche susceptibles de faire avancer la cause des droits humains, à laquelle il s’était voué comme un chevalier sans peur et sans reproche.
Jacques Gaudreau n’était pas un bureaucrate égaré dans la carrière. Il avait faim et soif de justice. Le pape Jean-Paul II rappelait au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège l’an dernier: Il faut assurer les fondements de la paix en les appuyant sur la sauvegarde des droits de l’homme et aussi des droits des peuples.
Voilà à quoi Jacques Gaudreau a consacré sa trop brève existence. Permettez-moi de citer en terminant un verset du psaume III qui résume tout ce que j’aurais voulu dire aujourd’hui : « Le juste laisse une mémoire éternelle ».
La faculté de Droit de l’Université d’Ottawa a consenti à honorer Jacques Gaudreau en établissant à son nom un prix tendant à encourager l’approfondissement et l’enseignement des droits humains. Ce sera un gage permanent de notre affection envers un homme de bien, un homme de foi, un homme de paix.
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