bout de papier, Vol. 4, No. 2 (1986) — Spring/Summer 1986 // Printemps/Été 1986, p. 25

par Laurent Beaulieu

N I os lecteurs se souviendront que dans la dernière édition de bout de papier, je présentais la première partie du récit d’une mission en Bolivie faite dans le cadre d’un programme d’aide alimentaire canadien pour la région de l’Altiplano en 1984-85 dont 1.4 million de paysans boliviens ont bénéficié.

Après avoir fait le grand tour de la Bolivie en voiture à travers les Andes sur des pistes de montagne, nous arrivâmes finalement à Cochabamba. Après 2 jours de visites et de rencontres avec la population et les autorités de cette localité, notre petit groupe réussit à obtenir des places sur le vol Aéro Lloyd Boliviano vers La Paz. Un des spectacles à ne pas manquer pendant ce vol est l’approche de l’aéroport de EL ALTO, notre avion passa tout près de ILLIMANI, cette magnifique montagne .de 6700 mètres de hauteur couronnée de neiges éternelles. Le soleil couchant joue derrière les montagnes et lance ses derniers rayons sur ILLIMANI, la montagne au crépuscule change de couleur et du bleu-gris devient bleu-marin, la neige au sommet devient argentée.

On a aussi aperçu la triste épave du vol Eastern Airlines qui s’était écrasé à 5700 mètres dans le flanc ILLIMANI un soir d’orage quelques mois auparavant. Ces malheureuses victimes dont la femme de l’ambassadeur américain en Argentine sont ensevelies à jamais sous la neige.

L’aéroport de la Capitale administrative de la Bolivie, EL ALTO, est l’une des plus hautes au monde à 4800 mètres. Nos collègues du Programme Alimentaire Mondial avaient mis à notre disposition 2 camionnettes pour nous transporter en ville. De la terrasse de l’aéroport on voit La Paz à nos pieds à 4200 mètres d’attitude. Comme je faisais remarquer la beauté du site à mes compagnons, les lumières de la ville s’éteignent d’un coup. Je croyais à une panne d’électricité générale mais étant donné l’histoire tumultueuse de la Bolivie et les nouvelles dans les journaux du pays faisant état d’une situation de crise dans le pays, les gens parlaient plutôt d’un coup d’Etat.

Dans cette atmosphère d’incertitude nous descendions vers la ville. Sur le Prado, la grande avenue principale, les cafés et les trottoirs étaient pleins de monde, il ne pouvait être question de coup d’Etat. A l’hôtel avec notre clef de chambre, on reçoit une chandelle et l’on doit escalader 5 étages à pied avec nos bagages. L’altitude rend tout effort physique pénible, c’est ainsi que l’on fait quelques marches, on s’arrête, on souffle et l’on recommence, un peu comme des vieillards atteints d’emphysème. Le lendemain on visite la capitale qui à l’époque des années 20 était très belle avec ses édifices de style art-déco, ses monuments et sa cathédrale de San Francisco vieille de 500 ans. Encore aujourd’hui, il y a de beaux quartiers à La Paz mais les difficultés économiques et sociales ont beaucoup appauvri un pays à la géographie difficile.

Dans les rues, de vieilles indiennes vendent des fruits, de la viande, des lainages, des objets en étain et en argent, des bijoux, etc… Un vendeur de tapis en Alpaca a ouvert boutique dans le parc devant notre hôtel. Pour 50 dollars US ont peut acheter un tapis de 3 mètres x 4 mètres.

Les rues de centre-ville sont de pavés de pierre et lorsqu’il y a une averse de pluie, l’eau déferle en torrent et les piétons doivent se réfugier dans les magasins ou le portique le plus proche. Le système d’égouts de la ville est bouché depuis longtemps et les rues sont inondées à chaque fois qu’il pleut. D’ailleurs ce problème est accentué dans la région par la déforestation des flancs de montagne. La seule partie de la capitale où il y a encore des arbres en abondance est la zone militaire. Ailleurs où l’érosion a fait des ravages, on aperçoit un nouveau phénomène, les paysages lunaires. Le bois sert comme source première d’énergie pour la préparation des repas et le chauffage des maisons et est devenu une matière rare, les enfants ont comme tâche de ramasser des morceaux de bois et souvent ils s’improvisent marchands et vendent leur surplus. Pour les pauvres c’est une autre façon de subsister.

Le lendemain de notre arrivée à La Paz, je découvre dans le journal du matin un article donnant les détails de l’horaire de notre visite. Un fonctionnaire aura fait du zèle en annonçant la mission canadienne. La presse locale déjà alertée est à nos trousses. Pour eux nous sommes une curiosité qui divertit les lecteurs des nouvelles habituelles.

Nous avons fait plusieurs visites dans les ministères responsables du programme d’aide et cela nous a permis de faire le tour de la ville plusieurs fois. A plus d’une occasion, notre voiture devait s’arrêter pour laisser passer des démonstrations d’ouvriers ou d’étudiants ou encore de mères de famille, bébé au bras, qui revendiquaient tous la même chose, soit de meilleures conditions de vie et une fin à l’inflation. Ce qui était surprenant de ces démonstrations était le calme des gens qui semblaient presque résignés à leur sort.

Finalement, le jour du départ arrive et nous nous rendons à l’aéroport pour le vol vers Lima et la retour au Canada. A l’aérogare, le porteur à qui j’avais donné des dollars US à titre de pourboire lors de ma première visite me reconnait et il insiste pour porter ma valise jusqu’à l’avion. La Luftansa assure la liaison La Paz-Lima une fois par semaine, le vol Frankfurt-La Paz- Lima-Porto Rico – Frankfurt en 747 est fort impressionant. Luftansa assure pour ce vol une sécurité serrée au sol et un service de tout premier ordre, efficace, ponctuel, ordonné et une politesse à la Prussienne. Le vol est d’ailleurs fort agréable.

Ces voyages en Bolivie, malgré les difficultés multiples, altitude, froid, difficultés de transport et autres sont toujours intéressants même si quelquefois on a peine à croire les aventures qui nous sont arrivées.

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Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 4, No. 2 (1986) — Spring/Summer 1986 // Printemps/Été 1986, p. 25. Lire le reste de ce numéro →

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