bout de papier, Vol. 3, No. 2 (1985) — Summer 1985 // Été 1985, p. 5
Ottawa, le 8 mai 1985
Monsieur le Premier ministre,
Un communiqué du Ministère des Affaires extérieures annonçait le 29 mars dernier des nominations diplomatiques entre autres, celle de Mme Joan Winser au poste de Consul général à Los Angeles.
Dans une lettre que vous adressait M. Russell Davidson, alors Président de l’APASE, le 26 juillet dernier, celui-ci faisait état de notre préoccupation à titre d’Association professionnelle eu égard aux nominations de personnages politiques à des postes diplomatiques. Vous nous aviez alors assuré de votre engagement à respecter les traditions établies au sein du Ministère des Affaires extérieures à savoir le recrutement sur une base nationale d’agents qui se destinent à la carrière diplomatique à tous ses niveaux.
La carrière diplomatique canadienne s’est toujours distinguée par sa non-partisannerie. Nous croyons que cette qualité ajoute à la valeur des diplomates canadiens et rehausse leur crédibilité auprès des gouvernements étrangers. Nous ne voudrions pas que s’installe chez-nous une tradition de nominations dites politiques qui viennent entacher cette réputation. Vous comprendrez notre désir d’assurer la possibilité pour nos membres de réaliser leurs aspirations de carrière. C’est avec beaucoup de dévouement que ceux-ci servent les intérêts du Canada à l’étranger et y demeurent parfois au prix de sacrifices que seul l’espoir d’atteindre à la distinction d’ambassadeur peut justifier.
Nous reconnaissons toutefois l’apport de certaines nominations politiques non-partisanes à notre service diplomatique. Plusieurs canadiens et canadiennes distingués tels Jean Wadds, Paul Martin, Gérard Pelletier et Roland Michener ont contribué grandement à la carrière. Nos membres les ont servi avec dévouement et professionalisme et nous sommes assurés que Mme Winser bénéficiera de leur appui dans la prestation des tâches reliées à ses fonctions.
Nous vous prions instamment, toutefois, de ne pas vous diriger vers le modèle américain et partant, de maintenir la tradition d’excellence et d’objectivité qui fait la réputation de la diplomatie canadienne.
Je vous prie de croire, Monsieur le Premier ministre, à l’assurance de mes sentiments distingués.
Le Président,
Jean-Paul Delisle
The Prime Minister Replies
le 31 mai 1985
Cher Monsieur,
J’ai bien reçu votre lettre du 8 mai et je vous remercie de m’avoir fait part de vos préoccupations relativement aux nominations de personnages politiques à des postes diplomatiques. J’ai aussi pris connaissance de l’article du Wall Street Journal que vous avez eu l’amabilité de joindre à votre lettre et je l’ai trouvé des plus intéressants.
Je m’empresse de vous affirmer mon engagement continu à respecter dans la mesure du possible les traditions établies au sein du ministère des Affaires extérieures. Soyez assuré que toute nomination diplomatique faite par notre gouvernement aura pour objectif de rehausser la crédibilité des représentants du gouvernement canadien à l’étranger qui, d’ailleurs, méritent toute notre estime et notre reconnaissance: c’est à eux que nous devons l’excellente réputation de la diplomatie canadienne dans le monde et nous veillerons à ce que nulle décision du gouvernement actuel ne vienne l’entacher.
Mon collègue, le très honorable Joe Clark, secrétaire d’État aux Affaires extérieures, ainsi que monsieur Peter White, mon adjoint spécial en matière de nominations, s’intéresseront sûrement à vos points de vue. de leur ai donc fait parvenir une copie de votre correspondance.
Je vous remercie encore une fois de votre intérêt et je vous prie d’agréer, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
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