bout de papier, Vol. 10, No. 4 (1993) — Fall/Winter 1993 // Automne/Hiver 1993, p. 39
Limiting the Prolifération of Weapons,
the Rôle of Supply-Side Stratégies edited
by Jean-François Rioux, Carleton University
Press, 1993, 208 pp., $21.95.
par Michel Fortmann
C’est avec beaucoup de nostalgie que j’entame la rédaction de ce compte rendu dans la mesure où l’ouvrage dont il sera question ici est probablement la dernière contribution publique de l’Institut canadien pour la paix et la sécurité internationales qui, après avoir constitué pendant six ans un point de référence pour tous ceux qui s’apparentent à la communauté des études de sécurité au Canada, est malheureusement tombé victime des restrictions budgétaires en 1992.
Par contre, il est particulièrement agréable de constater que ce petit livre reflète le niveau d’excellence auquel l’Institut était arrivé et qu’en substance, il supporte fort bien la comparaison avec des publications américaines ou européennes d’origine plus prestigieuse.
Pourtant, ce n’est pas sans préjugés que le présent commentateur a entrepris la lecture de ce texte. Limiting the Prolifération of Weapons, en effet, a tout pour susciter la méfiance : il s’agit d’abord (oh! horreur) des actes d’une conférence, tenue à Ottawa au printemps 1991 et, donc, d’un ouvrage de circonstance, ouvrage où tous les « gourous » de la non-prolifération sont venus mettre leur grain de sel. A priori, il y avait donc fort à parier que l’on aurait affaire à une collection hétérogène d’articles plus ou moins originaux et probablement déjà dépassés.
De plus, plutôt que de se concentrer sur un aspect de la prolifération, la conférence et le livre, par extension, se sont éparpillés dans tous les sujets, de la diffusion de la technologie nucléaire au transfert des armes conventionnelles, en passant par les armes chimiques et biologiques et les missiles balistiques. Comment un ouvrage d’à peine 181 pages pouvait-il prétendre couvrir un terrain aussi vaste?
Autre problème, certains des auteurs ont refilé au coordinateur de l’édition des textes qui allaient être publiés ailleurs (une technique acceptable, mais qui réduit la valeur d’une publication).
• Finalement, en choisissant l’approche de la non-prolifération par la réduction de l’offre (supply-side stratégies) l’analyse adoptait un point de vue qui est à la fois étroit et très critiqué actuellement. Malgré ces handicaps, et quelquefois à cause de ceux-ci, Limiting the Prolifération of Weapons mérite assurément une place dans la bibliothèque de tous ceux qui s’intéressent non seulement à la question de la prolifération des armements, mais aussi ceux qui s’interrogent sur l’avenir du contrôle des armements après la guerre froide. Le mérite de cette réussite « contre toute attente » revient assurément à Jean-François Rioux qui, par un travail d’édition rigoureux et minutieux, est arrivé à rendre sa cohérence à un patchwork de textes très divers et de qualité, à l’origine, inégale. Ce faisant, monsieur Rioux montre d’ailleurs que le bilinguisme canadien ne produit pas seulement des analphabètes, mais aussi des personnes expertes au maniement de nos deux langues nationales. À ce titre, son travail s’est attiré les louanges de la revue qui sert de référence dans le domaine : l’Arms Control Today de Washington. La raison principale qui m’a fait apprécier cet ouvrage est son caractère pédagogique. Loin d’être, dans ce sens, une oeuvre destinée aux seuls spécialistes, il s’agit probablement d’un des rares textes, dans le domaine, qui permettent d’introduire à la question de la prolifération sans perdre le lecteur dans une masse de considérations techniques. En même temps, Limiting the Prolifération of Weapons ne sacrifie pas à la facilité d’une démarche journalistique ou sensationnaliste. Finalement, le livre est court et n’intimide pas par sa taille, comme c’est souvent le cas des ouvrages de référence. Bref, cette collection d’essais est le livre dont vous avez besoin si vous voulez vous familiariser avec l’ordre du jour de la prolifération dans les années 1990, et Dieu sait que ceci répond à un besoin criant, autant pour les pédagogues que pour les praticiens. En particulier, depuis que le phénomène de la prolifération s’est diversifié au point d’inclure l’ensemble des armes de destruction massive, il devient plus difficile de saisir la problématique que de la prolifération sous tous ses aspects. Parce qu’il prend soin de préciser de façon claire les principaux thèmes et concepts abordés, parce qu’il propose des analyses uniformément simples (sans être simplistes) et instructives (sans être trop lourdes), le présent texte arrive, peut-être mieux que d’autres ouvrages, à donner une vision d’ensemble du problème de la prolifération tel qu’il se présente dans la décennie qui vient de commencer. Par dessus tout, les dix chapitres qui ont été sélectionnés reflètent les qualités que nous venons de décrire. Chacun des quatre parties présente ainsi une sélection des principaux éléments du débat, qu’il s’agisse des armes chimiques, du transfert des armes conventionnelles ou des missiles balistiques, en ne tenant jamais pour acquis que le lecteur est déjà familier avec le sujet. Il s’agit donc de l’ouvrage parfait à donner à un étudiant ou à un ESO pressé qui veut tout savoir sur la question, mais … en une soirée.
L’ouvrage arrive-t-il à des conclusions claires? Absolument, ce qui est aussi une rareté dans le milieu universitaire. Étrangement, ces conclusions vont à contre-courant du thème principal : les stratégies de contrôle de la prolifération par la réglementation de l’offre ne soulèvent l’enthousiasme d’aucun des auteurs. Ceci n’a guère d’importance, cependant, car chacun des chapitres propose suffisamment d’options de rechange pour inspirer la Division du désarmement bien au-delà du tournant du siècle.
Voir les pages numérisées d’origine →
Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 10, No. 4 (1993) — Fall/Winter 1993 // Automne/Hiver 1993, p. 39. Lire le reste de ce numéro →




