bout de papier, Vol. 18, No. 4 (2001-2002) — Winter 2001/2002, pp. 5–7
Le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international a lancé un site Web éducatif destiné principalement aux enseignants et aux étudiants de niveau secondaire au Canada, mais dont une grande partie du contenu pourrait aussi intéresser un auditoire plus vaste. Les Canadiens dans le monde / Canadians in the World compte tout un éventail de sujets, notamment du matériel original conçu pour Internet et des versions Web de documents imprimés et audiovisuels. Dans le cadre de ce projet, on a demandé au journaliste et écrivain Clyde Sanger d’interviewer des Canadiens et des Canadiennes qui ont eu une action déterminante dans le monde. Une de ces personnes est Flora MacDonald, une ancienne ministre des Affaires extérieures qui a réalisé à titre bénévole un travail considérable au Canada et dans le monde. Son profil, que M. Sanger a rédigé en anglais, a été ensuite traduit par le Service de traduction (TRAN) du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international.
Hector Mackenzie Flora MacDonald aurait pu se retirer dis- crètement de la vie publique canadienne en 1988 lorsqu’elle a perdu son siège parlementaire de Kingston and the Islands. Après tout, elle avait été députée pendant 16 ans et ministre durant cinq de ces années, ainsi que chargée de trois portefeuilles consécutifs, en commençant par les Affaires étrangères en 1979-1980. Et elle avait 62 ans. Mais elle ne s’est pas retirée, bien entendu. Cette « conservatrice rouge », de plus en plus dynamique, a commencé à travailler pour une douzaine d’organisations non gouvernementales canadiennes et internationales. L’une d’entre elles est l’Initiative du Commonwealth concernant les droits de la personne (ICDP), qui était d’abord une coalition de cinq associations professionnelles distinctes du Commonwealth — de médecins, d’avocats, d’enseignants en droit, de syndicalistes et de journalistes. Patrick Keatley, un journaliste d’origine canadienne qui, pendant de nombreuses années, a couvert les affaires du Commonwealth pour The Guardian, lui a demandé d’être la première personne à assumer la présidence de l’organisation. Elle raconte ce qui s’ensuivit après avoir donné une entrevue à Abuja, au Nigéria.

« Patrick m’a appelée en 1989 pour m’annoncer que certains groupes, dont l’Association des avocats du Commonwealth, l’Association des journalistes du Commonwealth et l’Association médicale du Commonwealth, se réunissaient à Londres. Il m’a dit : “Nous avons discuté de la création d’une association du Commonwealth pour les droits de la personne; ils vont la parrainer et voudraient que vous en deveniez la première lonald
IR AU NIGÉRIA présidente”. J’y ai réfléchi, puis j’ai répondu “Oui, j’accepte”. Nous l’avons constituée en 1989 et nous avions un très bon conseil d’administration, avec des membres de la Nouvelle-Zélande, de l’Inde, de l’Afrique et ainsi de suite. Et du Nigéria — le docteur Beko Ransome-Kuti. Nous nous sommes réunis occasionnellement pendant quelques années. Mais nous avions décidé, six mois avant le sommet de Harare [la Réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth, ou RCGC] en 1991, que nous tenterions d’établir un imposant dossier des réalisations au chapitre des droits de la personne dans le Commonwealth. Et nous l’avons effectivement établi et présenté dans notre tout premier rapport, Put Our World to Rights. Ça ne s’était jamais fait avant; personne n’avait réellement examiné le vaste horizon du Commonwealth sous cet angle.
«Nous l’avons apporté [le rapport] avec nous à Harare, au Zimbabwe, et j’ai persuadé M. [Brian] Mulroney, le premier ministre canadien, de le présenter aux chefs de gouvernement à l’occasion de la réunion. Celui-ci a également joué un rôle de premier plan dans la présentation de toute la question des droits de la personne à cette conférence. On a beaucoup débattu et argumenté parce que certains dirigeants comme Babangida, du Nigéria, Mahathir, de la Malaisie, et Moi, du Kenya, s’opposaient vivement à toute déclaration sur les droits de la personne. Robert Mugabe [président du Zimbabwe et hôte de la rencontre] n’y était pas très favorable et, ayant à présider la conférence de presse finale, il a tenté d’esquiver la question des droits de la personne. Cela est intéressant étant donné que dans l’auditoire, à la conférence de presse, il y avait un certain nombre d’activistes des droits de la personne qui ont tenté d’aborder le sujet, parce que nous ne pensions pas que la déclaration de Harare était assez ferme; de sorte qu’on l’a passablement contestée. Elle n’avait pas assez de mordant pour permettre au Commonwealth de prendre de vraies mesures. On l’a raffermie à une RCGC subséquente à Millbrook, en Nouvelle-Zélande, par la création du Groupe d’action ministériel du Commonwealth (GAMC).
Mission au Nigéria « Cela a été notre premier véritable effort, et nous avons continué d’examiner des questions touchant le Commonwealth et de les commenter. Le Nigéria était cependant le premier grand pays du Commonwealth à violer manifestement les droits de la personne. Nous avons donc décidé d’envoyer trois d’entre nous pour enquêter au Nigéria, en particulier auprès des groupes qui luttaient contre la corruption et les abus. C’était en 1995, et le général Sani Abacha s’était emparé en 1994 du pouvoir que détenait le général Ibrahim Babangida. L’ICDP a demandé à l’archevêque Desmond Tutu (d’Afrique du Sud) de diriger cette mission, et j’en aurais fait partie avec Enoch Dumbutshena, l’ancien juge en chef du Zimbabwe. Mais l’archevêque Tutu s’était rendu au Nigéria environ un mois ou deux auparavant et il s’était montré si critique qu’il n’y aurait plus été le bienvenu. C’est alors qu’on m’a demandé si je voulais diriger la mission.
« Je n’ai pas eu de mal à obtenir un visa parce que j’ai demandé au ministère des Affaires étrangères à Ottawa de m’aider à l’obtenir; j’y suis allée [au haut-commissariat du Nigéria] avec l’un de ses fonctionnaires. Mais comme Enoch et Neville Linton avaient du mal à obtenir leur visa, je suis arrivée la première en juillet 1995. J’ai eu de la chance, étant donné que le Canada avait déjà rappelé son haut-commissaire [en guise de protestation contre les violations des droits de la personne perpétrées par le régime Abacha] et que sa résidence officielle était vacante. Je me suis installée dans la résidence officielle, sur l’île d’Ikoyi, à Lagos, et je l’ai aménagée en quartier général. Enoch et Neville y sont demeurés lorsqu’ils sont arrivés un certain temps après.»
« Nous avons tenu la plupart de nos réunions à cet endroit parce que les gens pouvaient se présenter à la résidence sans être dérangés. Les gens des médias sont venus nous dire ce qu’ils subissaient. Stella Obasanjo est venue et nous a présenté un compte rendu très complet de la façon dont son mari avait été appréhendé au milieu de la nuit et amené en prison. Kudirat (l’épouse du chef Moshood Abiola) en a fait autant et elle s’est montrée très dynamique et déterminée. Malheureusement, elle a été assassinée par la suite dans une rue de Lagos alors qu’elle se rendait au haut-commissariat du Canada. Nous avons fait connaître notre mission grâce à deux très bons adjoints. Gerry Ohlsen était l’un deux et il connaissait tout le monde parmi les relations que nous voulions établir — et s’il ne les connaissait pas, sa femme Mavaia les connaissait parce qu’elle était bien branchée dans les organisations féminines. Ils nous ont beaucoup aidés. Tout comme le D’ Ransome-Kuti, qui a dirigé la campagne pour la démocratie et a amené avec lui Olisa Agbakoba, dirigeante de l’organisation pour les libertés civiles.
« Ensuite, nous sortions rencontrer d’autres gens, à Lagos mais aussi ici à Abuja. Je suis venue et j’ai rencontré le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Tom Ikimi, et d’autres ministres. Nous n’avons pas obtenu beaucoup de réponses claires de ceux-ci. Nous sommes allés ensuite à Kaduna et à Kano et après notre retour à Lagos, nous avons pris l’avion pour Port Harcourt et nous nous sommes rendus à Ogoniland pour y rencontrer des gens.
« Certaines personnes qui étaient effrayées venaient nous voir à la résidence au beau milieu de la nuit. Nous savions que nous étions surveillés dès que nous sortions [de la résidence officielle]. Les agents de sécurité ne pouvaient pas venir dans l’enceinte de la résidence de sorte qu’il leur était absolument impossible d’entendre ce qui se disait. À Abuja, nous avons rencontré plusieurs ministres et le chef de Cabinet du président. Nous avons tenté de rencontrer le président; nous avons tenté d’obtenir l’autorisation de nous rendre à la prison rencontrer le chef Abiola et le général Olusegun Obasanjo, mais on nous a refusé cette autorisation.»
«C’était intéressant, parce que nous avons obtenu dans le nord un point de vue passablement différent de celui que nous avons recueilli dans le sud. C’est à Lagos que nous avons observé des attitudes de résistance nationale au régime. Pourtant, quand nous sommes allés au sud, à Port Harcourt et à Ogoniland, nous avons rencontré des gens qui étaient entièrement préoccupés par leurs propres problèmes et c’était presque comme s’ils ne faisaient pas partie du Nigéria, sauf pour dire que “c’est là-haut qu’ils prennent les décisions ou qu’ils récoltent les avantages que les sociétés pétrolières peuvent verser au gouvernement pour obtenir l’autorisation de forer sur notre territoire”.
«J’ai constaté, lorsque je suis allée dans les rues et les marchés de Lagos avec un guide, que les gens nous regardaient avec méfiance parce qu’ils craignaient d’être interrompus par quelqu’un qui se présenterait; [ils craignaient] d’être renvoyés chez eux et de voir le marché perturbé. Ces gens, dont le gagne-pain et la survie dépendaient de la possibilité d’installer leurs étals, vivaient perpétuellement dans la peur. Tout le monde vivait dans la peur — c’était la chose la plus remarquable au Nigéria à l’époque.»
« Des quantités de gens de la presse sont venus nous rencontrer et nous parler des rédacteurs et des journalistes qui avaient déjà été emprisonnés et souffraient terriblement, isolés dans leur prison. Ils venaient nous dire “Eh bien, je suis ici ce soir mais je pourrais ne plus être ici demain”. Et des gens comme Beko Ransome-Kuti, qui était très actif dans la lutte contre les violations des droits de la personne, devaient se déplacer d’une maison à une autre toutes les deux nuits pour trouver une place où demeurer. Il nous a aidés à organiser notre voyage dans tout le Nigéria, et trois semaines après notre départ, il a été emprisonné et il est resté trois ans en isolement cellulaire, en réaction censément au coup d’État qui, selon Abacha, avait été fomenté contre lui — le complot dont Obasanjo était censé être un des dirigeants.
« Pendant que nous étions là-bas, le tribunal militaire a tenu des audiences et a condamné à mort des personnes comme Obasanjo, Yar’Adua et d’autres. La réaction des journaux a été très dure et très franche — j’ai été stupéfaite de voir ce qu’ils ont imprimé, en sachant que toutes les personnes impliquées pouvaient elles-mêmes être emprisonnées et torturées. Bon nombre l’ont été. Il fallait beaucoup de courage.
Tous les systèmes étaient en panne « Vous savez, c’était plus que de la répression. Tous les secteurs de la société s’écroulaient. Rien ne fonctionnait. Le réseau scolaire ne fonctionnait pas, les universités étaient fermées, les hôpitaux ne fonctionnaient pas. Où que vous alliez, vous deviez. tout emporter avec vous; pour aller à l’hôpital, vous deviez emporter vos draps. Pour aller à l’école, vous deviez emporter votre chaise. Les gens étaient en pleine privation. Dans les villes, il n’y avait guère de nourriture, en particulier pour les pauvres. Souvent les familles devaient envoyer leurs enfants dans la rue pour mendier et trouver de la nourriture afin d’assurer leur propre survie. La police passait, ramassait ces enfants et les amenait dans ce qu’elle appelait des “centres de rassemblement” jusqu’à ce qu’elle puisse retrouver les parents. Mais ces “centres de rassemblement” étaient en fait des prisons. Les fillettes étaient enfermées dans une grande cellule sans commodités; elles étaient nourries par les gens qui apportaient de la nourriture; elles restaient enfermées pendant 23 heures chaque jour et n’avaient droit qu’à deux sorties d’une demi-heure, pour manger ce que les gens avaient apporté. C’était très différent de ce que je vois ici aujourd’hui.»
« Il y avait des choses qui n’allaient vraiment pas. Nous avons rencontré une femme juge à Kano qui nous a raconté son histoire. On lui avait donné une maison où vivre et une voiture, mais elle ne touchait aucune paye. Elle était merveilleuse, mais pour de nombreuses personnes, cela eut été une invitation ouverte à la corruption. Elle a décrit sa journée au tribunal : elle instruisait toutes ces causes, souvent des causes mineures, et elle n’avait aucun greffier, aucun secrétaire. Elle devait s’organiser pour trouver assez de papier pour prendre ses notes elle-même; puis elle devait rentrer chez elle pour rédiger son jugement. C’était le triste état des choses en 1995.
Le Nigéria à la merci des généraux « Nous avons passé trois semaines au Nigéria, en juillet, et nous avons rédigé notre rapport à notre retour à Londres. Neville Linton, qui était très bon, en a réalisé la plus grande partie. Je lui ai remis toutes mes notes du temps où j’étais là-bas avant son arrivée. Je suis partie avant Neville, qui est resté pour réaliser avec la presse quelques entrevues en profondeur et ainsi de suite. Le rapport s’intitulait Nigeria — Stolen by Generals. Il a reçu beaucoup d’attention au Nigéria et parmi les diplomates nigérians,et chaque fois que j’entrais en communication avec des représentants du haut-commissariat du Nigéria à Ottawa, on me reprochait sévèrement de les avoir trompés sur ma raison d’aller au Nigéria et de demander un visa. Peu après, on m’a demandé de prononcer une allocution au 35° anniversaire du SUCO et j’ai parlé du Nigéria. Il y avait beaucoup de personnel diplomatique à cette rencontre dans l’édifice de l’Ouest du Parlement. Le chargé d’affaires nigérian était assis dans la toute première rangée et il était très apparent dans sa robe d’un blanc éclatant. Au beau milieu de mon discours, il s’est levé et a quitté la salle.
« Le rapport a vraiment fait les manchettes au Royaume-Uni. Il était bien rédigé, et son style retenait l’attention parce qu’il décrivait des scènes comme ces enfants en prison — et, bien entendu, il était très sévère envers le gouvernement. On l’a repris au Canada et dans d’autres pays, et il a été publié en octobre 1995 juste avant la Réunion des chefs de gouvernement à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Nous en avons fait parvenir un exemplaire à chaque chef de gouvernement. Je n’étais pas à Auckland, mais d’autres membres de l’ICDP ont veillé à ce qu’on en parle. Dans ce rapport, nous parlions beaucoup d’Ogoniland et des gens qui étaient emprisonnés là-bas. En plein milieu de la RCGC, rappelez-vous, Ken Saro-Wiwa et les neuf autres [activistes ogonis] ont été exécutés. Notre rapport a raffermi les réactions à leur mort et a élargi le contexte.
On a demandé à Mme MacDonald ce qu’elle pensait de l’efficacité du Groupe d’action ministériel du Commonwealth (GAMC) au cours de ses six années d’existence. Le GAMC a été mis sur pied au sommet d’Auckland, plus précisément pendant le week-end de réflexion des chefs de gouvernement dans un endroit appelé Millbrook. Voici ce qu’elle a répondu : « Son mandat n’était pas très clair. Il devait examiner la Déclaration de Harare, qui a été raffermie à Millbrook, et veiller à ce que les pays en respectent la portée. C’était un groupe inégal; certains membres du GAMC ne s’intéressaient pas beaucoup aux droits de la personne, et je crois qu’il aurait pu se montrer plus dynamique comme groupe. Les deux membres les plus actifs du groupe étaient les ministres des Affaires étrangères du Canada et de la Nouvelle-Zélande (Lloyd Axworthy et Don McKinnon, aujourd’hui secrétaire général du Commonwealth). Mais ils n’arrivaient pas toujours à leurs fins. Je pense qu’il est difficile pour un groupe d’être efficace s’il ne se réunit qu’occasionnellement. Il est vrai que ses membres sont informés par leurs propres agents et le Secrétariat du Commonwealth, mais vous devez vous montrer constamment vigilants en ces matières.
« Le problème de la présence de ministres des Affaires étrangères [dans un tel groupe], c’est que ces gens ont tellement de choses à faire. C’est d’ailleurs pourquoi nous, de PICDP, avons recommandé en premier lieu de créer une commission des droits de la personne, avec un commissaire aux droits de la personne. À mon avis, c’est ce qu’il faut faire, et cela nous permettrait de nous concentrer uniquement sur la question des droits de la personne. Nous n’en sommes pas encore là. J’estime aussi que les membres du GAMC ne devraient pas être des représentants de gouvernements; ils devraient être des spécialistes des droits de la personne indépendants et de l’extérieur. Je pense que les pays du Commonwealth, et certainement les plus riches, devraient contribuer financièrement à une telle commission. Notre expédition au Nigéria a été financé en grande partie par l’Agence canadienne de développement international. Les fonctionnaires de l’ACDI se sont vraiment intéressés à notre mission, et je leur ai présenté un compte rendu à notre retour; ils ont jugé que nous avions fait un travail relativement bon en si peu de temps.
Propos francs Olusegun Obasanjo a été libéré en 1998 après la mort soudaine de Sani Abacha. Un gouvernement de transition dirigé par le général Abdulsalaam Abubakar a préparé le terrain pour des élections en février 1999, à l’occasion desquelles Obasanjo a été élu président. Lorsque l’Association des journalistes du Commonwealth (AJC) a tenu son assemblée triennale à Abuja en février 2001, le président Obasanjo a invité tous les participants à un petit déjeuner au cours duquel il s’est exprimé librement. Mne MacDonald poursuit :
«Il est intéressant de noter que dans son discours de l’autre jour, le président Obasanjo a fait allusion à notre rapport en mentionnant que c’était la première fois que cette question de premier plan était soulevée dans la communauté internationale. Il a décrit de quelle façon le rapport avait entraîné une série d’événements, dont sa propre élection à la présidence.
« En 1995, vous n’osiez pas vous promener dans les rues de Lagos à moins d’être bien accompagné; aujourd’hui en 2001, vous pouvez sortir et parcourir les rues partout à Abuja. Je me suis promenée dans le voisinage où j’avais demeuré et j’ai parlé aux gens. Le plus important changement étaient l’absence de peur; les gens répondaient sans hésitation. Des travailleurs de la construction ont interrompu leur travail pour me dire ce qu’ils faisaient. Manifestement, nous avons reçu un accueil chaleureux des bureaucrates, ce qui n’avait pas été le cas en 1995, mais à mes yeux, c’est dans la rue et au marché que c’était très différent. Il n’y a pas cette influence omniprésente de la peur. Il n’y a pas beaucoup de changement dans la situation de la pauvreté et dans l’amélioration des systèmes qui étaient tombés en panne. Il faudra beaucoup de temps pour les remettre en état. J’ai parlé à quelqu’un [Brian Haddon] qui participait à un important projet d’immunisation au Nigéria; c’était très difficile de le mettre en œuvre parce que dans les villages, on se heurtait à toutes sortes d’obstacles du fait que le système de santé ne fonctionnait pas. Il se passe beaucoup de choses que les gens peuvent observer aux échelons supérieurs; mais dans les rues et les villages, il y a énormément de pauvreté.»
« Je pense que la Constitution du Nigéria a grandement besoin d’être remaniée, et pas seulement raccommodée. Une partie du pays, comme l’État de Rivers où il y a beaucoup de production pétrolière, bénéficie très peu de ce revenu, et c’est la partie la plus pauvre du pays.»
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Publié à l’origine dans bout de papier, Vol. 18, No. 4 (2001-2002) — Winter 2001/2002, pp. 5–7. Lire le reste de ce numéro →




